Grèce: Le sommet de dimanche est-il vraiment celui de la dernière chance?

EUROPE Les dirigeants européens insistent sur le caractère déterminant de la réunion prévue dimanche sur la crise grecque...

Nicolas Beunaiche

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Alexis Tsipras, Matteo Renzi et Angela Merkel à Bruxelles, le 25 juin 2015.
Alexis Tsipras, Matteo Renzi et Angela Merkel à Bruxelles, le 25 juin 2015. — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

La Grèce va-t-elle découvrir lundi l’EYPO-calypse ? A écouter les dirigeants européens, le sommet prévu dimanche sera en tout cas bel et bien celui de la dernière chance avant que le pays d’Alexis Tsipras ne se précipite dans l’inconnu. Vraiment ? Alors que l’expression revient avec insistance depuis plusieurs années dès qu’il s’agit de la Grèce, il est pourtant permis d’en douter.

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Ces dernières heures, le ton s’est certes clairement durci. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a notamment évoqué un « scénario noir » et utilisé les termes de « date butoir » et d’« ultime délai ». Quant à Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, qui s’est longtemps refusé à parler de Grexit, il a indiqué pour la première fois qu’un « scénario détaillé » de sortie de l’euro avait été préparé. Serait-il pour autant mis en œuvre dès lundi, si d’aventure les négociations faisaient chou blanc ?

« On ne peut plus tergiverser »

Pour Pascal Delwit, politologue à l’Université libre de Bruxelles, « il faut rester prudent ». « On a pu voir dans le dossier du nucléaire iranien comme celui de la Grèce, par exemple, que les réunions présentées comme “de la dernière chance” ne l’étaient pas forcément… » relativise-t-il. « Ce qui est sûr, c’est que la période de flottement ne peut plus durer, ne serait-ce que parce que les caisses des banques grecques sont vides, avance-t-il. On ne peut plus tergiverser. »

« Nous ne savons pas si ce sera le dernier sommet », confirme Jésus Castillo, économiste chez Natixis. Avant de faire le même constat que Pascal Delwit : « En cas de non-accord dimanche, la situation deviendrait en tout cas extrêmement compliquée pour la Grèce et pour ses banques. » Car l’Etat prendrait le risque de manquer de liquidités, qui « se ferait ressentir de plus en plus cruellement, notamment chez les plus démunis », provoquant un « renforcement des contrôles de capitaux » et des « tensions » sociales. Avec, à l’horizon, la perspective de la création d’une monnaie parallèle, qui équivaudrait à moyen terme à une sortie de la zone euro.

Le 20 juillet, vraie date limite ?

En attendant, même en cas de désaccord dimanche, « il resterait du temps pour négocier, aussi longtemps que les banques peuvent tenir sans nouvel apport de liquidités fraîches », nuance Jésus Castillo. Après la date de dimanche, les Grecs ont d’ailleurs coché dans le calendrier celle du 20 juillet, le dernier jour pour rembourser à la BCE son prêt de 3,5 milliards d’euros. « C’est celle-là la date limite », prophétise Christopher Dembik, économiste chez Saxo Bank. Si la Grèce ne se met pas d’accord avec ses créanciers, dimanche, puis échoue à rembourser ce prêt, une semaine plus tard, les ponts politiques et financiers seraient alors coupés avec l’Europe.

En ce sens, la journée de dimanche devrait donc permettre de rétablir un climat de confiance entre les acteurs du dossier. « Il n’y a aura pas de plan signé à long terme », prévient Christopher Dembik. « Dans le scénario optimiste, la Grèce et les Européens s’entendront sur un plan crédible de réformes, et des prêts d’urgence lui seront accordés, prédit l’économiste. La question de la restructuration de la dette serait alors repoussée à l’automne, le temps de voir si les réformes promises ont été bien mises en œuvre. » Le 20 juillet, la BCE pourrait dès lors se montrer indulgente avec la Grèce, même si celle-ci peine à rembourser ce qu’elle lui doit. « Ni la BCE ni le FMI n’a besoin de l’argent que lui doit la Grèce pour vivre, rappelle Pascal Delwit. Leur réaction dépendra donc uniquement de décisions politiques. »

Dernière chance ou non, le sommet de dimanche ne devrait évidemment pas régler tous les problèmes de la Grèce, malgré le souhait de Matteo Renzi, le président du conseil italien, que ce soit la « dernière rencontre » des dirigeants européens sur le sujet. Mais les décisions qui y seront prises, si elles sont positives et fortes, pourraient au moins espacer les prochains rendez-vous.