20e anniversaire de Srebrenica: «Génocide» un mot difficile à accepter pour les Serbes

COMMEMORATION Le Premier ministre serbe va se recueillir à Srebrenica ce mercredi, mais les Serbes refusent de reconnaître qu'un génocide s'est produit il y a 20 ans...

20 Minutes avec AFP

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Les tombes au cimetière de Srebrenica. Illustration du 20e anniversaire du génocide de Srebrenica.
Les tombes au cimetière de Srebrenica. Illustration du 20e anniversaire du génocide de Srebrenica. — Lucy Young/REX Shutters/SIPA

Bataille autour d'un mot lourd de sens. Ses responsables se sont recueillis au mémorial où sont enterrées les victimes, demandé pardon «à genoux», déploré «un crime odieux», le Parlement a adopté une déclaration, mais la Serbie et les Serbes refusent obstinément d'accepter qu'un génocide a été commis à Srebrenica, en Bosnie, il y a 20 ans. Il y a vingt ans, en juillet 1995, quelques 8.000 hommes et garçons musulmans ont été tués à Srebrenica, en Bosnie orientale, par les forces serbes bosniennes peu avant la fin de la guerre intercommunautaire (1992-95), la pire tuerie en Europe depuis la Deuxième guerre mondiale.

Le Premier ministre serbe à Srebrenica

Mardi soir, le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a annoncé qu'il se rendrait le 11 juillet à Srebrenica pour assister à la cérémonie marquant le 20e anniversaire du massacre. «Il est temps de montrer que nous sommes prêts à la réconciliation, que nous sommes prêts à nous incliner devant les victimes des autres», a-t-il déclaré. «Je me rendrai à Srebrenica et représenterai la Serbie la tête haute (...) La Serbie qui est capable de reconnaître que des individus ont commis des crimes», a-t-il ajouté. «Nous condamnons chacun de ces crimes et que nous condamnerons en justice chacun de ces criminels».

Aleksandar Vucic, un ancien ultra-nationaliste devenu pro-européen convaincu, refuse, tout comme la majorité des Serbes, de reconnaître qu'un génocide ait été perpétré à Srebrenica. Si la brutalité de ce massacre n'est pas remise en question, comme le montre un récent sondage réalisé en Serbie où 54% des personnes interrogées l'ont condamné, la réalité d'un génocide est en revanche niée par 70% des interviewés. Encore récemment, le président des Serbes de Bosnie Milorad Dodik a affirmé que le génocide de Srebrenica était un «mensonge».

Des périphrases pour éviter le mot génocide

Pour l'analyste politique Vladimir Goati, il s'agit d'une réaction «universelle» commune à tout peuple ou individu. «Les peuples et les individus ont beaucoup de mal à reconnaître, ou à commenter des événements dans lesquels les leurs ont joué un rôle négatif», explique-t-il. «La justice internationale a tranché, mais il est difficile ici de prononcer le mot génocide, certains ont un malaise physique lorsqu'il s'agit de le dire», a-t-il poursuivi. En Serbie, les politiciens «ne font que tenir compte de l'opinion publique pour ne pas perdre des électeurs et, sans mentionner le mot génocide, emploient des phrases descriptives qui reviennent à dire la même chose», estime l'analyste Aleksandar Popov.

Les raisons politique du déni

«Accepter qu'un génocide a eu lieu équivaudrait à accepter l'accusation d'être un peuple génocidaire et vous n'êtes plus alors un interlocuteur, personne ne négocie avec vous, la Serbie ne peut donc reconnaître cela. Entre autres la survie de la Republika Srpska serait en question», soutient l'historien Cedomir Antic. La Bosnie a été divisée, après la guerre intercommunutaire, en deux entités, la Republika Srpska (serbe) et la Fédération croato-musulmane. Les musulmans de Bosnie ont demandé à plusieurs reprises le démantèlement de la RS accusée d'être fondé suite à un génocide.

Pour le juriste Tibor Varadi, qui a défendu la Serbie, accusée par la Bosnie d'être directement responsable du génocide à Srebrenica, devant la Cour international de justice (CIJ), le dossier est clos. «La justice internationale a conclu en 2006 que la Serbie n'avait pas commis de génocide à Srebrenica et rien ne peut changer ce fait», a-t-il récemment déclaré expliquant qu'aucune conséquence, diplomatique, politique, économique ou autre ne pouvait découler à l'avenir de ce verdict.

Vote au Conseil de sécurité de l'ONU

Mardi, le Conseil de sécurité de l'ONU a repoussé à mercredi le vote d'une résolution reconnaissant le massacre de Srebrenica comme un génocide, la Russie menaçant d'y opposer son veto.