Crise grecque: Solidarité et système D, deux remèdes à l'austérité

RECIT Depuis une semaine, les Grecs ne peuvent pas retirer plus de 60 euros par jour à la banque...

De notre envoyée spéciale à Athènes (Grèce), Laure Cometti

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Une femme passe devant un magasin discount à Athènes (Grèce), le 6 juillet 2015.
Une femme passe devant un magasin discount à Athènes (Grèce), le 6 juillet 2015. — Spyros Tsakiris/AP/SIPA

Solidarité, débrouille, prévoyance : c’est un peu la sainte trinité en Grèce où les retraits par carte bancaire sont plafonnés à hauteur de 60 euros par jour et par compte depuis le 29 juin dernier. Une contrainte financière qui pèse sur la vie quotidienne des habitants, toutes générations confondues.

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« Ça ne change pas grand-chose pour moi »

Si le contrôle des capitaux, mis en place par le gouvernement pour protéger le système bancaire grec, a eu pour effet de « geler » bien des activités, les Grecs ont appris à se débrouiller avec peu depuis le début de la crise en 2008. Interrogés sur l’impact de cette mesure sur leur vie de tous les jours, certains s’amusent de cette question. « Cela fait longtemps que je vis avec peu, donc ça ne change pas grand-chose », explique un retraité de 82 ans. Seul bémol : il a limité les doses de sa cure de vitamines.

N’acheter que le strict nécessaire, c’est la règle d’or en ce moment, d’autant plus que l’on ignore à ce jour quand le plafonnement des retraits sera levé. Les banques ne devraient pas rouvrir avant mercredi selon l’agence de presse officielle. En attendant, les transports en commun de la capitale sont gratuits depuis 29 juin.

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Emprunter « par-ci, par-là »

« On vit au jour le jour, on ne peut pas faire autrement », explique Athena, 27 ans. Elle travaille au noir, comme coiffeuse à domicile, n’ayant trouvé de travail dans un salon. Ces temps-ci, les dépenses futiles ne sont plus de mise et les clients se font rares. La jeune fille a emprunté des sous à ses parents et amis. « Des petites sommes par-ci, par-là, car eux-mêmes doivent faire attention », explique-t-elle.

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Certaines familles vivent grâce au salaire ou à la retraite d’une seule personne, et de nombreux jeunes habitent chez leurs parents. Elena, 30 ans, mathématicienne au chômage, peut compter sur la confiance des commerçants de son quartier, qui lui font crédit de quelques euros pour les petits achats du quotidien. « Solidaires, les Grecs l’ont toujours été, mais depuis le début de la crise, cela s’est encore renforcé », déclare avec fierté Michel, un Franco-grec qui travaille dans la restauration dans le centre d’Athènes.

La crise économique a également fait redoubler les habitants d’inventivité. Face aux politiques d’austérité, des initiatives citoyennes se sont développées. Des terrains militaires sont transformés en potagers collaboratifs, des appartements vides deviennent des cantines solidaires avec plat du jour à 3 euros.

Il y a ceux pour qui 60 euros c’est déjà beaucoup, voire au-dessus de leurs moyens, et les autres, qui vont retirer chaque jour leur per diem pour subvenir aux besoins de leur foyer ou mettre des sous de côté. Anna, 55 ans, rencontrée dans la file d’attente d’un distributeur, vient tous les jours retirer un maximum de liquide avec sa carte bancaire et celle de ses parents, octogénaires, qui ne peuvent se déplacer à la banque pour toucher leur pension de retraite. 60 euros au début de la semaine dernière, puis 50 euros à mesure que les billets de 20 euros s’amenuisent dans les distributeurs de la capitale. Elle ne fait plus ses courses au marché ou dans les commerces de proximité, mais au supermarché, pour payer par carte bancaire (une transaction non limitée). Anna garde précieusement cet argent liquide, craignant pour l’avenir du pays.