Crise grecque: «Les expatriés français n’ont pas envie de quitter la Grèce»

REPORTAGE «20 Minutes» a demandé à des Français installés à Athènes comment ils envisagent l'avenir dans leur pays d'adoption...

De notre envoyée spéciale à Athènes (Grèce), Laure Cometti

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Il y a trois ans, Amandine Beaugendre a ouvert une boutique de bagels et boissons dans le centre d'Athènes.
Il y a trois ans, Amandine Beaugendre a ouvert une boutique de bagels et boissons dans le centre d'Athènes. — Laure Cometti /20 Minutes

Près de 18.000 Français habitent en Grèce, selon les registres du quai d’Orsay, qui comptait entre 10.000 et 11.000 personnes inscrites et 7.000 non inscrites fin 2013. Une diaspora fortement attachée à son pays d’adoption dont elle vante volontiers le cadre de vie exceptionnel et l’hospitalité des habitants, jamais démentie – même en ces temps de crise économique et d’incertitude. Comment les expatriés envisagent-ils l’avenir à l’approche du référendum de dimanche ? 20 Minutes est allé à la rencontre de plusieurs Français travaillant dans la capitale.

Attente et espoir

Le « oui » et le « non » sont au coude-à-coude dans les sondages, et les conséquences en cas de victoire de l’une ou l’autre option ne sont pas très claires. Dans ces circonstances, rares sont ceux qui se livrent à des pronostics. « Il n’y a qu’à attendre dimanche, et d’ici là cela ne sert à rien de paniquer », soupire un expatrié.

« Quelques expats annoncent qu’ils rentreront en France en cas de victoire du "non", je trouve ça un peu dramatique », observe Joséphine, qui travaille depuis deux ans pour une start-up grecque de commerce en ligne dans le centre d’Athènes. Depuis lundi, les affaires sont au point mort, ou presque, comme pour nombre d’autres commerces. Pour autant, Joséphine veut rester optimiste.

« Pas d’exode »

« Pour le moment, on serre les dents, on rentre la tête dans les épaules, et on espère que la raison va l’emporter et que la Grèce et ses créanciers trouveront un accord permettant de reconstruire durablement l’économie du pays », observe Christophe Lemarié, directeur général de Pernod Ricard Hellas, la filiale grecque du géant des spiritueux. Egalement président de la Chambre de commerce et d’industrie France Grèce, il est arrivé en septembre 2011 avec femme et enfant. A l’époque, « le Premier ministre George Papandréou avait proposé de soumettre l’accord avec les créanciers du pays à un référendum », se souvient-il. Une amère et frustrante impression de déjà-vu.

« Les grands groupes sont un peu mieux armés, ils ont anticipé pour mieux encaisser le choc », relativise Christophe Lemarié. A ce jour, il n’a pas eu vent de départs d’expatriés, ni d’entreprises françaises, qui emploient environ 15.000 personnes en Grèce, « du moins pas dans [son] entourage », précise-t-il.

La peste ou le choléra

Pour certains expatriés, l’alternative oui-non, c’est un peu comme choisir entre la peste et le choléra. Amandine, jeune Française qui a ouvert il y a trois ans une échoppe d’appétissants bagels rue Nikis, n’arrive pas à trancher. « Si c’est "oui", alors le gouvernement risque d’appliquer les mesures imposées par les créanciers, et je devrais augmenter la TVA sur mes produits et payer plus d’impôts. Mais si le "non" l’emporte, et si la Grèce adopte une monnaie dévaluée, les nombreux produits que j’importe deviendront hors de prix. » Il en faut plus pour décourager Amandine, qui a surmonté les lenteurs et obstacles du système administratif pour créer sa société. « Ce qui me fait peur, ce sont les réactions de panique en chaîne », dit-elle, évoquant la ruée vers les distributeurs ou les supermarchés.

En revanche, une amie de Joséphine annonce la couleur : si le « non » l’emporte, elle préfère rentrer en France. Résidente grecque depuis ses seize ans, elle a créé sa propre marque de vêtements. Depuis quelques jours, les boutiques dans lesquelles ses produits sont distribués ne peuvent pas la payer et elle se retrouve sans stock ni revenus. A 35 ans, cette mère de deux enfants compte jouer la carte de la précaution, craignant que la drachme ne remplace l’euro.

« La situation est très compliquée pour les affaires, ça ne peut pas durer », reconnaît Christophe Lemarié, avant d’ajouter : « la très grande majorité des expatriés ne veut pas partir de ce pays dont le potentiel est immense. On ressent une vraie tristesse face à un tel gâchis ».