Grèce: Comment relancer la drachme malgré la destruction des presses

CRISE GRECQUE Au cas où le pays sortirait de la zone euro, la Grèce pourrait très bien revenir à son ancienne monnaie...

Nicolas Beunaiche
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Des pièces et des billets en drachmes. La drachme est la monnaie qui avait cours en Grèce avant le passage à l'euro.
Des pièces et des billets en drachmes. La drachme est la monnaie qui avait cours en Grèce avant le passage à l'euro. — REX/REX/SIPA

Même s’il le voulait, l’Etat grec serait bien incapable d’imprimer des drachmes, car « les presses ont été détruites » avant le passage à l’euro. Cette affirmation du ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, dont il est difficile de savoir si elle est à prendre pour argent comptant, a surpris tout le monde, jeudi. Mais si tant est qu’elle est véridique, condamnerait-elle vraiment la drachme ? Alors que le spectre du Grexit, le néologisme désignant la sortie de la Grèce de la zone euro, a refait surface avec l’annonce du référendum sur le plan d’aide à la Grèce, 20 Minutes a cherché à savoir comment le pays pourrait faire pour relancer malgré tout la drachme, en cas de force majeure. Eléments d’explication.

Comment faire fabriquer sa monnaie ?

Même privé de presses, l’Etat peut tout de même frapper sa monnaie. Ou la faire frapper, pour être précis. « Les considérations techniques et de coût ne sont pas de nature a empêcher de reprendre rapidement la fabrication de billets et de pièces si le pouvoir le décide », explique une source haut placée dans le système monétaire français. En fait, une quarantaine de pays seulement – ceux qui ont une unité politique ancienne – disposent d’une industrie d’Etat capable de frapper des pièces. Ce qui signifie que les autres concluent des accords avec ceux-là ; ainsi la Monnaie de Paris fabrique-t-elle des pièces de l’Uruguay, de la Thaïlande, du Guatemala, du sultanat d’Oman et de bien d’autres Etats. Rien n’empêcherait donc la Grèce d’en faire de même avec sa drachme, via un appel d’offres. Pour ce qui est des billets, « ils peuvent très bien se tourner du côté du secteur privé », poursuit la même source. Des opérateurs privés tels que le Britannique De Larue ou le Français Oberthur Fiduciaire sont spécialisés dans ce secteur.

Combien de temps faut-il pour lancer sa monnaie ?

En cas de Grexit, la nouvelle monnaie grecque officielle pourrait être disponible en quelques jours sous une forme électronique, ce qui permettrait le paiement des salaires par exemple. Il lui faudrait toutefois plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour pouvoir s’en servir sous une forme physique. Le temps, notamment, de la sécuriser. Les Grecs « y ont probablement réfléchi et sans doute bâti depuis longtemps des plans là-dessus », explique notre source. « Si la drachme devait réapparaître, ce serait sous forme de monnaie parallèle à l’euro, précise cette même source. Dans tous les pays en faillite, il y a toujours plusieurs monnaies qui circulent, l’euro resterait donc la valeur refuge. »

Combien de pièces et de billets faudrait-il lancer ?

Difficile à dire avec précision. Selon nos informations, 50 milliards d’euros circuleraient en pièces et en billets en Grèce. Cela correspond aux besoins évalués par les autorités monétaires du pays. En France, la Banque de France et le Trésor, qui sont les garants de la fluidité de la monnaie, font ce travail chaque année. Dans le cas grec, « il faudrait analyser le comportement de la population par rapport au cash – en comparaison avec le paiement par carte bancaire notamment – et tenir compte du volume de pièces avec lequel les touristes étrangers repartent dans leur pays », explique une autre source dans le système monétaire français.