Grèce: Quelles sont les conséquences du «non» au référendum?

CRISE Après le scrutin de dimanche, le gouvernement est légitimé dans sa stratégie, mais les Grecs peuvent s’attendre à des semaines compliquées…

Nicolas Beunaiche

— 

La Grèce aura besoin d'une nouvelle aide de 36 milliards d'euros des Européens dans les trois prochaines années même avec le plan des créanciers, selon le FMI.
La Grèce aura besoin d'une nouvelle aide de 36 milliards d'euros des Européens dans les trois prochaines années même avec le plan des créanciers, selon le FMI. — LOUISA GOULIAMAKI AFP

Le peuple grec a dit « non ». Interrogés par le gouvernement Tsipras sur l’opportunité d’accepter le plan d’aide proposé par les créanciers, les électeurs ont massivement répondu défavorablement à la question ce dimanche. Un résultat qui conforte le gouvernement autant qu’il obscurcit l’avenir économique du pays. 20 Minutes fait le point sur ce qui attend certainement les Grecs.

>> Le « non » à 61,5 % des suffrages : Suivez les résultats de ce dimanche en direct

Des négociations encore plus tendues

Les Européens ont passé la semaine à prévenir Alexis Tsipras qu’une victoire du « non » l’exposerait à de graves conséquences. Vendredi, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, l’a notamment averti qu’en cas de « non » au référendum, « la position grecque [serait] considérablement affaiblie ». De son côté, le gouvernement grec explique depuis l’annonce du scrutin que le refus du plan par les électeurs est de nature à lui donner du poids dans les négociations.

Alexis Tsipras a ainsi indiqué que selon lui, le « non » permettait au gouvernement d’être « mieux armé » pour négocier et équivalait à donner son soutien à « une solution réaliste » qui vise à moins de rigueur et à la restructuration de la dette. Qui est dans le vrai ? Probablement un peu les deux camps. « Certes, le “non” valide la stratégie de négociation de Tsipras en Grèce et augmente ses chances d’obtenir un accord sur les bases d’un compromis, analyse Sébastien Villemot, économiste à l’OFCE. Et même si les Européens ont menacé de rompre les négociations avec Tsipras, le réalisme l’emportera. » Mais, ajoute-t-il, « le risque de voir la BCE couper le robinet grec en cas de défaut de paiement le 20 juillet et en l’absence de perspective d’accord est réel ». Avec toutes les conséquences que cela pourrait avoir… Dans cette équation, une chose est en tout cas sûre : Tsipras ne sera pas accueilli les bras ouverts à la prochaine réunion.

Un contrôle des capitaux prolongé

Officiellement, les restrictions sur les retraits de la population grecque doivent cesser mardi avec la réouverture des banques. Mais « la victoire du "non" rend cette perspective inenvisageable », selon Sébastien Chéron, stratégiste pour le courtier CMC Markets. Car il est peu probable que la BCE desserre son étreinte et approvisionne à nouveau les banques grecques en liquidités ; pour éviter de nouveaux retraits massifs, la Grèce devrait donc prolonger son contrôle des capitaux. Elle pourrait même l’« élargir » et le « renforcer », insiste Paul Goldschmidt, ancien directeur à la Commission européenne et actuel membre du conseil d’orientation de l’institut Thomas-More. Pour l’instant, les retraits sont limités à 60 euros par jour et par carte.

Un petit pas vers le « Grexi t »

Ce lundi, la Grèce est toujours membre de la zone euro, mais jusqu’à quand ? Si le gouvernement Tsipras a répété qu’il n’était pas question d’abandonner la monnaie unique, le résultat du référendum pose question. La population a beau être très attachée à l’euro, comme l’a montré un sondage publié vendredi, les semaines difficiles qui attendent les Grecs, pendus aux lèvres des créanciers, ne manqueront pas de remettre sur la table le « Grexit ». Sébastien Villemot ne croit toutefois pas à une sortie volontaire de la zone euro. « De nouvelles négociations s’ouvriront avec les créanciers car la sortie de la zone euro a un coût élevé », estime-t-il. Comme Sébastien Chéron, il croit en revanche à la création d’une sorte de monnaie parallèle à l’euro : privé des liquidités de la BCE, l’Etat émettrait des reconnaissances de dette qui permettraient aux agents économiques de payer leurs impôts. Un moindre mal, comparé au retour de la drachme. Paul Goldschmidt voit, quant à lui, l’avenir en noir, entre effondrement de l’économie et instabilité politico-sociale. « Si on devait en arriver là, ce serait évidemment l’appartenance même de la Grèce à l’Union européenne (UE) qui serait remise en cause, prédit Paul Goldschmidt. Les conséquences pourraient aller bien au-delà de tout ce pour quoi le citoyen aurait été appelé à voter. »