Attaque dans le Sinaï: Daesh est-il en train d’ouvrir un front en Egypte?

TERRORISME De violentes attaques dans le nord Sinaï auraient provoqué la mort de 70 soldats et civils égyptiens, mercredi…

Vincent Vantighem

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Nitzanei (Egypte), le 20 août 2013. Des soldats égyptiens patrouillent le long de la frontière avec Israël dans le nord du Sinaï.
Nitzanei (Egypte), le 20 août 2013. Des soldats égyptiens patrouillent le long de la frontière avec Israël dans le nord du Sinaï. — MENAHEM KAHANA / AFP

Des avions de chasse F-16. Des hélicoptères Apache. Et des mines « plantées » dans les endroits stratégiques. « C’est la guerre dans le Sinaï », a indiqué, mercredi, un haut responsable militaire égyptien après des combats qui ont opposé, huit heures durant, les forces armées à des combattants islamistes se réclamant de Daesh.

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Selon des responsables de la santé et de la sécurité, l’attaque aurait fait au moins 70 morts civils et militaires. De son côté, l’armée égyptienne a indiqué avoir perdu 13 hommes dans la bataille, tout en assurant avoir tué 100 islamistes. Cet événement sanglant est-il le signe de l’ouverture d’un nouveau front en Egypte pour Daesh. 20 Minutes analyse la situation…

Que s’est-il réellement passé mercredi ?

A l’aide de voitures piégées, les islamistes ont commencé, mercredi matin, par s’en prendre à quatre points de contrôle et barrages routiers dans cette région désertique. Après ça, ils ont miné les abords d’un commissariat au niveau de Cheikh Zouweid et ont pris position sur les toits des immeubles alentours pour empêcher l’arrivée de renforts.

Carte de localisation d’El-Arich dans le Sinaï égyptien. - GOOGLE MAP


En réaction, l’armée égyptienne a envoyé des avions de chasse F-16 et des hélicoptères Apache pour bombarder les positions islamistes. « Les terroristes ont voulu rééditer la bataille de Mossoul pour prendre ce secteur », indique à 20 Minutes, Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes (OPA). En juin 2014, les terroristes de Daesh étaient parvenus à prendre cette ville irakienne au terme de quatre jours de combat.

Qui se cache derrière cette attaque ?

On connaît ce groupe terroriste sous le nom d’Ansar Beït Al-Maqdess mais depuis quelques semaines, il préfère qu’on l’appelle « Province du Sinaï ». C’est en effet sous ce nom qu’il a fait allégeance au « califat » autoproclamé de l’Etat islamique. « La mouvance islamiste égyptienne est ancienne, rappelle Antoine Basbous. Il faut savoir que c’est elle qui était à l’origine de la mort de Sadate en 1981. »

Cette attaque est-elle le prélude à l’ouverture d’un nouveau front ?

Si « la guerre est déclarée », Antoine Basbous pense que cette attaque est plus une « tentative pour prendre le contrôle de deux villes du nord Sinaï qu’une attaque de type guérilla urbaine classique. » Selon ce spécialiste, ce secteur au bord de la Méditerranée est le seul endroit où ce groupe terroriste peut d’ailleurs prendre le contrôle de villes.

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Malgré tout, l’Egypte doit, elle aussi, faire face à une très forte menace terroriste. Deux jours avant cette attaque, le procureur général d’Egypte Hicham Barakat a été tué dans un attentat à la voiture piégée dans le quartier d’Heliopolis au Caire. Mercredi, les forces égyptiennes ont également investi un appartement de la capitale, tuant huit djihadistes qui, selon elles, préparaient un attentat.

L’Egypte va-t-elle être prise en tenailles ?

Si les djihadistes ont attaqué cette fois dans le Sinaï, ce n’est pas la première fois qu’il menace l’Egypte. En février, on se souvient que des terroristes ont revendiqué la décapitation de 21 Coptes égyptiens de l’autre côté du pays, à la frontière libyenne.

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Le pays dirigé aujourd’hui par le maréchal al-Sissi doit donc faire face à des offensives à chacune de ses frontières. Ce qui fait dire à Antoine Basbous que la « chasse est désormais ouverte »… Tant pour les djihadistes que pour les autorités égyptiennes.