Crise grecque: «Tsipras espère pouvoir se servir du référendum comme d’un levier»

INTERVIEW Le politologue Pascal Delwit décrypte la stratégie du Premier ministre grec...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Alexis Tsipras à son arrivée à la chaîne de télévision ERT, à Athènes, en Grèce, le 29 juin 2015.
Alexis Tsipras à son arrivée à la chaîne de télévision ERT, à Athènes, en Grèce, le 29 juin 2015. — Intime/Ath/REX Shutters/SIPA

Mais à quoi joue Alexis Tsipras ? Après avoir sorti la carte référendum, samedi, le Premier ministre grec a fait ce mercredi de nouvelles propositions aux créanciers de la Grèce, tout en confirmant la consultation de la population, prévue dimanche. Un jeu politique difficile à suivre. Pour mieux comprendre sa stratégie, 20 Minutes a demandé son éclairage à Pascal Delwit, politologue à l’Université libre de Bruxelles.

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Alexis Tsipras a confirmé ce mercredi la tenue d’un référendum en Grèce. Pourquoi en venir là ?

Sa décision est la combinaison de deux blocages. D’abord, le rapport de forces avec les créanciers de la Grèce ; alors que les négociations avec les Européens, et plus encore avec le FMI, sont dans une impasse, Tsipras peut espérer se servir du résultat du référendum, s’il est en sa faveur, comme levier. Ensuite, les tensions internes à Syriza entre l’aile réaliste et l’aile plus dure. Le scrutin de dimanche permet à Tsipras de laisser le peuple trancher. Mais le pari est risqué. Le gouvernement grec a déjà crispé certains partenaires comme l’Allemagne, il pourrait aussi être désavoué par son peuple dimanche.

Selon vous, la victoire de Tsipras, quelle que soit la question posée dimanche, n’est donc pas acquise ?

Il est certainement confiant dans ses chances de victoire. Mais il faut se souvenir que Syriza n’a pas la majorité absolue en Grèce parmi l’électorat. Le niveau de participation est aussi une inconnue. Les populations aisées sont celles qui se mobilisent le plus, or il ne s’agit pas vraiment de la base sociale de Syriza… La crise a, en outre, une dimension émotionnelle qui rend difficile les prévisions. Enfin, avec une campagne si courte et la succession des informations, il est bien dur d’avoir des certitudes sur l’issue du référendum.

L’annulation du référendum est-elle encore envisageable ?

Oui, c’est techniquement possible sans grande difficulté jusqu’à samedi. Papandréou l’avait fait en 2011. Mais je suis dubitatif sur cette perspective, ne serait-ce que dans une logique de crédibilité et de légitimité. Il sera de toute façon difficile d’atteindre un accord avant dimanche. Il faudrait déjà que les partenaires entrent dans une période de décrispation…

Tsipras a proposé ce mercredi des aménagements au plan d’aide. Est-ce un pas en arrière ?

Pas forcément. Pour Tsipras, la ligne est toujours de continuer à négocier. Le référendum est pour lui un moyen de débloquer la situation, au même titre que ses nouvelles propositions. Après, on peut aussi imaginer que Tsipras a reçu entre-temps des informations qui ne sont pas très bonnes sur le vote des Grecs…