Grèce: A Athènes, «la peur est contagieuse»

REPORTAGE A minuit, le pays sera en défaut de paiement. A Athènes, les habitants gardent la tête froide…

De notre envoyée spéciale à Athènes (Grèce), Laure Cometti

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Le 30 juin 2015, à Athènes (Grèce), des retraités discutent politique tout en faisant la queue devant des distributeurs de billets.
Le 30 juin 2015, à Athènes (Grèce), des retraités discutent politique tout en faisant la queue devant des distributeurs de billets. — AFP

Sur la place Syntagma, dominée par l’imposant bâtiment néoclassique du Parlement grec, au cœur d’Athènes, le ballet des taxis jaunes et des bus touristiques se poursuit comme si de rien n’était. Pourtant, dans quelques heures, à minuit, le délai de remboursement du prêt de 1,6 milliard d’euros du Fonds monétaire international aura officiellement expiré. Le pays se retrouvera alors en situation de défaut de paiement. Mais la plupart des Athéniens ont déjà les yeux rivés sur le référendum de dimanche. 20 Minutes a pris le pouls de la capitale grecque ce mardi après-midi.

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« Ça ne sert à rien d’avoir peur »

Nikos, 33 ans, n’a pas cédé à la panique qui a poussé de nombreux Grecs à retirer près d’un milliard d’euros le week-end dernier. « C’était de la folie, les rues étaient vides, les gens ne sont pas sortis. La peur est contagieuse. Mais ça ne sert à rien d’avoir peur, on ne va pas mourir. » Ce chauffeur de taxi a donné sa voix à Syriza en janvier et il compte voter « non » dimanche, « contre l’austérité ». « Tsipras est fou, c’est immature ce qu’il a fait samedi », s’exclame-t-il, non sans une pointe d’admiration pour le Premier ministre. Ces dernières années, Nikos a dû renoncer à passer quelques jours sur l’île de Mykonos, où il avait ses habitudes l’été. « Cela fait cinq ans que je travaille douze heures par jour. Entre les impôts et les factures qui augmentent, et mon salaire qui baisse, je n’ai plus les moyens de partir en vacances », raconte-t-il, avec le sourire.

« Nous sommes à un tournant »

A quelques heures du défaut de paiement, Dmitra se sent partagée entre la peur et l’espoir, « comme beaucoup de Grecs », souffle-t-elle. Cette professeur de français âgée de 35 ans craint que cette échéance n’aggrave la situation et ne coûte très cher aux Grecs. « Une dame m’a confié qu’elle avait besoin de 100 euros pour acheter des médicaments à son mari. Vous n’imaginez pas la détresse de certaines personnes », s’indigne-t-elle. Mais Dmitra espère par ailleurs que le défaut de paiement et le référendum de dimanche permettront à la Grèce de « changer de cap ». « C’est un tournant », affirme-t-elle. « Le peuple grec ne demande rien d’invraisemblable, juste le droit de vivre dignement. »

« Oui à l’euro, oui à l’Europe, mais non à l’austérité »

Elena, 63 ans, est la chef de file d’un collectif de femmes en situation très précaire, qui campe depuis le mois d’avril sous les fenêtres du ministère des Finances. Elles étaient des dizaines à travailler comme femme de ménage dans les bureaux des fonctionnaires, avant d’être massivement licenciées il y a deux ans. Leurs contrats de travail, de courte durée et très précaires, ne leur donnent droit à aucune pension. Elena élude rapidement la question du défaut de paiement d’un mouvement de tête, l’air de dire que les Grecs n’en sont plus à cela près. « Cela fait des années que l’on a l’impression de survivre, alors le défaut de paiement ne changera pas grand-chose », relativise-t-elle. Elle compte faire campagne pour le « non ». « Cela suffit, on est étranglés par l’austérité imposée par Bruxelles », explique-t-elle, tout en se disant pour l’euro et pour que la Grèce reste dans la « famille européenne ».

« Wait and see » [« attendons de voir »], lâche la propriétaire d’un café en haussant les épaules. Cette phrase, prononcée par une quadragénaire originaire de Pologne qui s’est installée il y a 22 ans dans la capitale grecque, résume assez bien l’état d’esprit de bon nombre d’Athéniens ce mardi après-midi. « Il y a eu tellement d’annonces contradictoires que cela ne sert à rien de spéculer sur ce qui peut se passer après cette nuit », souffle-t-elle.