Dix tués, dont un député antisyrien, dans un attentat à Beyrouth

LIBAN La déflagration a été entendue dans le secteur musulman de la ville. Au moins dix personnes ont été tuées...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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L'armée libanaise intervient après l'explosion d'une voiture piégée qui a fait au moins dix morts, mercredi 13 juin à Beyrouth.
L'armée libanaise intervient après l'explosion d'une voiture piégée qui a fait au moins dix morts, mercredi 13 juin à Beyrouth. — Reuters

A 17h45 mercredi, une violente explosion a secoué le quartier du Phare, équivalent beyrouthin de la Promenade des Anglais. Une charge placée sous une voiture en stationnement a explosé au passage de la voiture du député anti-syrien Walid Eido. Cet ancien juriste, âgé de 65 ans et président de trois commissions parlementaires, est décédé sur le coup, ainsi que son fils aîné Khaled, deux gardes du corps et au moins dix autres civils. Dix blessés sont aussi à déplorer pour l’instant.

Avec ce sixième attentat dans la capitale libanaise depuis le 20 mai, c’est un nouveau pilier de la majorité parlementaire qui est éliminé, après les députés Gebran Tueini en décembre 2005 et Pierre Gemayel en novembre 2006. Car il s’agit bien d’une élimination qui, pour les membres de la coalition parlementaire, tend vers un objectif bien précis : on assiste en effet à une véritable entreprise de nettoyage par le vide de la classe politique anti-syrienne.

Liste noire
Le bloc pro-occidental dirigé par Saad Hariri, fils de l’ancien Premier ministre assassiné en 2005, n’est désormais plus majoritaire au Parlement que par trois voix. Si trois autres députés de son camp devaient disparaître, cette majorité serait automatiquement caduque et de nouvelles élections devraient être organisées.

Depuis que le Liban a renoué avec les assassinats politiques en 2005, de nombreuses personnalités politiques anti-syriennes ont fait état de menaces, évoquant même une « liste noire » de 30 victimes potentielles qui, petit à petit, semble être respectée. Selon Samir Frangié, autre homme politique proche de la majorité, Eido avait récemment reçu des menaces de mort. Comme d’autres piliers de la majorité, Frangié a immédiatement accusé la Syrie de ce nouveau crime, accusant le régime de Bachar el-Assad de semer le chaos au Liban et dans la région.

La poudrière libanaise
Mais les anti-syriens ne sont pas seuls visés. L’armée l’est aussi, indirectement. Cet attentat s’est produit alors que le pays ressemble à une poudrière: en plus des neuf explosions qui se sont produites au cours des quatre dernières semaines, les attaques se multiplient contre les forces de sécurité, déjà engagées dans les pires affrontements depuis la fin de la guerre civile en 1990 avec le conflit qui les oppose aux activistes de Fatah el-Islam au nord du pays.

L’armée, dont l’implosion avait accéléré la guerre civile en 1975, a de plus en plus de mal à faire face sur les fronts qui se multiplient : elle signale depuis deux jours une effervescence inhabituelle dans deux bases de groupuscules palestiniens pro-syriens établis dans la plaine de la Békaa, où un de ses barrages a été attaqué mercredi dans la matinée.

Armée débordée
Mercredi toujours, l’envoyé spécial de l’ONU au Liban, Terjé Road-Larsen, avait dans son rapport au Conseil de sécurité fait état d’une recrudescence du transport d’armes et de combattants à travers la frontière libano-syrienne, ce que Damas avait immédiatement démenti avec virulence. Sans compter les arrestations de présumés terroristes qui se multiplient dans tout le pays. Mal équipée, mal préparée, l’armée libanaise pourrait être débordée, ce qui déboucherait sur un scénario du pire.