VIDEO. Attentat en Tunisie : Où en est l’enquête sur la tuerie de Sousse ?

TERRORISME «20 Minutes» fait le point sur l'attaque commise ce vendredi...

Delphine Bancaud

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Le 27 juin 2015. Des touristes se recueillent devant la plage où ont été tuées 38 personnes ce vendredi. (AP Photo/Leila Khemissi)
Le 27 juin 2015. Des touristes se recueillent devant la plage où ont été tuées 38 personnes ce vendredi. (AP Photo/Leila Khemissi) — Leila Khemissi/AP/SIPA

On en sait un peu plus sur l’attaque terroriste survenue vendredi à Sousse (140 km au sud de Tunis). Un jeune Tunisien a fait irruption sur la plage de l’hôtel Riu Imperial Marhaba à Port El Kantaoui, une kalachnikov cachée dans son parasol, avant d’ouvrir le feu sur les touristes. 20 Minutes fait le point.

Comment s’est déroulé le drame ?

Un homme armé a fait irruption sur une plage située devant l’hôtel Riu Imperial Marhaba et a ouvert le feu. Malek, 16 ans, dit avoir assisté à la scène depuis le début. « J’étais à la plage. J’ai vu le mec (le tireur) déposer son parasol sur le sable puis s’accroupir, dans la même position que quelqu’un qui creuse pour installer son parasol. Mais tout d’un coup, il a pris une Kalachnikov et a commencé à tirer sur le sable », raconte l’adolescent. « Tout le monde s’est levé pour voir ce qui se passait, puis on l’a vu tirer sur les touristes avec un grand sourire », poursuit-il. Il est ensuite entré dans l’hôtel et a continué à tirer près de la piscine, avant de jeter une grenade. L’assaillant a ensuite été abattu. Selon le journaliste David Thomson, la tuerie aurait duré plus de 30 minutes.

Plusieurs médias ont publié une photo montrant l’assaillant marchant tranquillement sur la plage, l’arme à la main, devant des vacanciers qui ne savent visiblement pas comment réagir.

 

Pourquoi le terroriste a-t-il choisi cette cible ?

Il visait seulement les touristes, a raconté un témoin tunisien. « Le terroriste nous a dit : « Eloignez-vous, je ne suis pas venu pour vous. Il ne nous a pas tirés dessus, il a commencé à tirer sur les touristes » ».

En frappant les touristes, le terroriste a voulu s’attaquer au poumon économique du pays, puisque l’activité touristique fait vivre 400.000 personnes dans le pays.

« Le terrorisme a voulu frapper la Tunisie parce que c’est un pays qui a réussi sa révolution démocratique, qui a écarté l’islamisme radical, qui a réussi son printemps arabe, qui épouse les valeurs de démocratie et de laïcité », a souligné aussi Manuel Valls ce dimanche, invité du « Grand Rendez-vous » Europe 1-iTELE-Le Monde.

Selon France 2, la directrice de l’hôtel était également visée. « Une femme connue dans la région pour son engagement politique. Elle est députée du parti au pouvoir, elle est aussi connue pour son militantisme de longue date pour le droit des femmes », décrit le journaliste.

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Quel est le bilan ?

A l’heure actuelle, outre l’assaillant, 38 personnes sont décédées. Parmi elles, au moins 15 Britanniques ont péri selon le Foreign office. Une Allemande, une Belge, une Irlandaise et une Portugaise figurent également parmi les morts, selon les autorités tunisiennes. Ce bilan pourrait s’alourdir et les autorités tunisiennes n’ont pas encore fini d’identifier les victimes. Ces dernières n’étaient vêtues que de leurs maillots de bain au moment du carnage, sans papiers d’identité sur elles.

Selon un dernier bilan du ministère de la Santé, outre les 38 morts, 39 personnes ont été blessées dont 25 Britanniques, sept Tunisiens et trois Belges. Le ministère des affaires étrangères à Paris vient de mettre en place un numéro d’urgence à la disposition du public concernant l'attentat : 01 43 17 56 46.

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Que sait-on du terroriste ?

L’auteur présumé de l’attentat a été identifié comme Seifeddine Rezgui, un Tunisien né en 1992 et étudiant à Kairouan (l’une des villes saintes de l’islam, située dans le centre de la Tunisie).

D’après le secrétaire d’Etat aux affaires sécuritaires tunisien, Rafik Chelly, « c’est un étudiant, qui s’est fait passer pour un vacancier se rendant à la plage. Il est entré par la plage, habillé comme quelqu’un qui allait se baigner, et il avait un parasol avec dedans son arme. Puis arrivé à la plage, il a utilisé son arme ». L’homme n’était pas connu des services de police. Selon Rafik Chelly, il a agi seul « a priori ». Mais les enquêteurs qui ont retrouvé son téléphone portable qu’il avait jeté dans la mer sont en train d’analyser ses appels pour rechercher d’éventuels complices. Sa famille a aussi été interrogée.

« Une seule personne a perpétré l’attentat mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a des gens qui ont aidé », a indiqué le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ali Aroui.

Le groupe Etat islamique (EI) a revendiqué l’attaque, affirmant que le jihadiste avait tué « des sujets des Etats de l’alliance croisée », en allusion à la coalition internationale antijihadiste menée par les Etats-Unis qui bombarde ses fiefs en Syrie et en Irak.

L’hôtel était-il bien protégé ?

« Ce qui s’est passé est le signe de défaillances sécuritaires (…). Il faut que nous nous remettions en question », a jugé Rached Ghannouchi, le président du parti islamiste Ennahda, deuxième force politique du pays. La propriétaire de l’hôtel a, elle, défendu ses gardiens qui « ne sont pas armés ». « Comment voulez-vous qu’ils puissent tenir tête ou se défendre contre quelqu’un avec une kalachnikov ? », a ajouté Zohra Driss lors d’une conférence de presse. Selon un témoin tunisien qui s’est confié à l’afp, « une vedette est venue depuis la mer, avec deux agents de sécurité à son bord, dont l’un était armé » lorsque le tireur était à l’intérieur de l’hôtel. « Ils n’ont pas voulu descendre dans un premier temps » parce que le nombre d’assaillants était encore inconnu, ajoute-t-il. Le porte-parole du ministère de l’Intérieur, Mohamed Ali Aroui, a refusé de commenter ces affirmations en arguant de l’enquête en cours, tout en tenant à dire que les renforts étaient arrivés « sept à huit minutes » après le début de l’attaque.

Quelles mesures sécuritaires sont prises en Tunisie ?

Le Premier ministre Habib Essid a annoncé un plan « exceptionnel » et le déploiement « d’unités de la sécurité touristique, armées, le long du littoral ainsi qu’à l’intérieur des hôtels à partir du 1er juillet ». Il a aussi promis la fermeture d’environ 80 mosquées accusées d'« inciter au terrorisme » et le recours à l’armée de réserve.