Attentat en Tunisie: «Sousse n’a pas été choisie au hasard»

INTERVIEW Beligh Nabli, directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS), apporte son éclairage sur l’attentat commis ce vendredi dans la zone touristique…

Anaëlle Grondin

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Capture d'écran de la chaîne Tunisia TV1, montrant la plage tunisienne touchée par l'attaque terroriste du 26 juin 2015.
Capture d'écran de la chaîne Tunisia TV1, montrant la plage tunisienne touchée par l'attaque terroriste du 26 juin 2015. — Tunisia TV1/AP/SIPA

L’attaque terroriste qui s’est déroulée ce vendredi en début d’après-midi dans un complexe touristique de Sousse en Tunisie intervient trois mois seulement après l’attentat au musée du Bardo à Tunis. Alors que l’auteur des tirs, un étudiant, a été abattu, et que d’éventuels complices sont recherchés, Beligh Nabli, directeur de recherche à l’IRIS et expert de la Tunisie, analyse les circonstances de cette nouvelle tragédie.

L’attaque terroriste n’a pas été revendiquée. Selon vous, faut-il y voir l’islamisme radical ?

C’est l’hypothèse la plus probable. Il y a aujourd’hui un phénomène de djihadisme et de terrorisme qui frappe le pays. Cette attaque intervient trois mois après l’attentat du musée du Bardo avec à peu près le même modus operandi : ce sont des touristes qui sont visés. C’est fort pour la Tunisie. L’objectif des islamistes est de saper l’effort national, le moral des Tunisiens et frapper les esprits. Leur deuxième objectif est d’affaiblir l’Etat en s’attaquant à son économie.

Sousse était-elle précisément ciblée pour cette raison ?

L’endroit n’a pas été choisi au hasard. C’est l’une des deux principales stations balnéaires de la Tunisie.

Carte de localisation de Sousse où des tirs ont éclaté sur une plage devant un hôtel de la zone touristique - L. Saubadu / V.Lefai AFP

Que cela se produise en plein ramadan, un mois sacré consacré à la prière pour les Tunisiens, n’est-ce pas inattendu ?

Malheureusement, cela rejoint l’objectif des islamistes de marquer les esprits.

La Tunisie est en état d’alerte maximale depuis l’attentat contre le musée du Bardo, à Tunis, qui a fait 22 morts le 18 mars. N’est-ce pas étonnant que ce nouvel attentat ait pu se produire ?

Il y a sûrement eu un dysfonctionnement. Mais l’Etat n’a pas les moyens d’assurer la sécurité de tous les complexes hôteliers. Ce n’est pas possible. Et sur la plage, c’est très difficile de le faire. Les plages privées ne sont pas les lieux les plus sécurisés. Depuis l’attentat au musée du Bardo, ce sont plutôt les endroits comme les halls d’hôtels, l’intérieur des établissements, qui sont surveillés.

Après le musée Bardo, est-ce que la Tunisie risque à cause de ce nouvel attentat de voir le tourisme et donc l’économie s’effondrer ?

Oui. Déjà à l’époque, l’attentat s’était traduit par un effondrement des entrées touristiques. Les mêmes causes provoquent les mêmes effets. Pour la saison, on va avoir un bilan catastrophique.

VIDEO. Attentat en Tunisie : Ce que l’on sait de l’attaque contre un complexe touristique de Sousse