VIDEO. Japon: Tokyo tente de nettoyer ses quartiers chauds avant les Jeux olympiques de 2020

JAPON Les escroqueries dans les clubs à hôtesses sont en forte augmentation...

Mathias Cena

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Un membre de la patrouille chargée d'informer les clients des risques d'escroquerie dans le quartier de Kabukicho à Tokyo, le 24 juin 2015.
Un membre de la patrouille chargée d'informer les clients des risques d'escroquerie dans le quartier de Kabukicho à Tokyo, le 24 juin 2015. — M.CENA/20 MINUTES

De notre correspondant à Tokyo,

«Vous voulez aller au kyabakura? C’est 4.000 yens (29 euros), tout compris.» Dans les quartiers des plaisirs de Tokyo, les rabatteurs des clubs à hôtesses («kyabakura», contraction de «cabaret» et «club») opèrent presque invariablement de la même façon. Le passant est abordé dans la rue et se voit proposer l’accès à l’un de ces clubs où il pourra parler avec des jeunes femmes apprêtées pour un prix très intéressant.

Mais au moment de quitter l’établissement, il n’est pas rare que la somme annoncée à l’entrée ait été multipliée par dix ou cent, voire beaucoup plus. Dans un club dont les responsables ont été arrêtés mercredi, un client s’était vu présenter après 40 minutes une addition de 150.000 yens (1.085 euros), qui incluait 26 verres de vin prétendument consommés par les hôtesses. Parfois, les boissons servies aux clients sont droguées afin d’utiliser leurs cartes bancaires pendant leur sommeil. Et ceux qui vont se plaindre au poste de police y reçoivent souvent un accueil froid, voire franchement hostile, de la part d'agents qui savent combien il sera difficile de prouver ces fraudes.

10 fois plus d'incidents signalés que l'an dernier

Le phénomène, qui a pris de l’ampleur ces dernières années, inquiète les autorités. Entre janvier et avril 2015, la police a reçu environ 1.000 appels pour signaler des escroqueries dans les établissements du seul quartier de Kabukicho, haut lieu des nuits animées dans le sud-ouest de Tokyo. C’est dix fois plus que l’an dernier sur la même période.

Dans un effort pour «assainir» ces quartiers, et pour ne pas risquer de ternir l’image internationale de Tokyo à l’horizon des Jeux olympiques de 2020, les autorités locales tentent de réagir face à ce phénomène qui touche aussi les clients étrangers. L’ambassade des Etats-Unis au Japon met ainsi régulièrement en garde ses ressortissants contre les escroqueries. L’ambassade de France indique elle avoir reçu «cinq ou six signalements» en 2015.

«Rabatteur = bottakuri (escroquerie)»

Pour s’attaquer aux rabatteurs japonais mais aussi étrangers, partie visible de cet «iceberg» d’escroqueries, les commerçants du quartier, avec la mairie d’arrondissement et la police, ont ainsi mis en place une «patrouille» chargée d'alerter de mettre en garde les passants, et de gêner les rabatteurs. Mercredi, une trentaine de personnes étaient mobilisées pour distribuer des paquets de mouchoirs où avaient été imprimés des avertissements: « Ne suivez pas les rabatteurs!  Rabatteur = bottakuri (escroquerie)», pouvait-on y lire.

Avant le départ, Mototsugu Katagiri, administrateur de l’association de promotion des commerces de Kabukicho, galvanise ses troupes: « Les rabatteurs pourrissent le quartier, lance-t-il. Nous allons nous débarrasser d’eux et de ces établissements véreux! »

«Dès qu’ils seront partis on recommencera»

La tâche n’est pas aisée. Les rabatteurs, bien plus nombreux, s’abstiennent poliment de rabattre trop ostensiblement devant la patrouille, mais ne cachent pas leurs intentions: «Ca ne sert à rien ce qu’ils font, glisse l’un d’eux. Dès qu’ils seront partis on recommencera.»

Sous les haut-parleurs de la rue qui débitent des messages d’avertissement aux passants, Gen Yasuda, un patron de bar du quartier et membre de la patrouille, confie son désarroi: «Je suis né à Kabukicho, je veux protéger mon quartier. Et là ces gens donnent vraiment une mauvaise impression.» Selon lui, 40% des établissements arnaquent les clients. «Il faudrait plus de volonté politique et plus de moyens», plaide-t-il, soulignant que le vaste quartier ne compte qu’un poste de police.

Koichi Teratani, lui aussi investi dans la vie de Kabukicho, évoque un déficit de contrôle du quartier: «Les yakuzas (la mafia japonaise) sont devenus beaucoup moins visibles dans la société. La délinquance qu’ils contrôlaient, ces jeunes, ne sont plus tenus par personne», note-t-il. Il estime que «la police devrait prendre le relais et contrôler tout cela, ce qui n’est pas fait pour l’instant. D’où ce quartier un peu à l’abandon.»