Caroline du Sud: Pourquoi le drapeau confédéré est accusé d’attiser la haine raciale

FOCUS La croix bleue étoilée de blanc sur fond rouge cristallise depuis mercredi la colère de la population noire de l’Etat, accusé d’être le tenseur des obsessions racistes de Dylann Roof, l’auteur présumé du massacre de Charleston…

B.D.

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Le drapeau confédéré devant le monument aux morts des victimes de la guerre civile à Columbia (Caroline du sud), le 20 juin 2015
Le drapeau confédéré devant le monument aux morts des victimes de la guerre civile à Columbia (Caroline du sud), le 20 juin 2015 — MLADEN ANTONOV AFP

Il est présent sur le drapeau du Mississippi, sur des plaques minéralogiques, ou encore sur des serviettes de plage. Après le massacre de Charleston (Caroline du Sud), le drapeau des Etats confédérés d’Amérique cristallise la colère de la population noire américaine en tant que représentation du racisme toujours ambiant dans le Sud.

Plusieurs milliers de manifestants se sont rassemblés samedi en Caroline du Sud en exigeant le retrait du drapeau des Etats esclavagistes et sécessionnistes de la guerre civile américaine, et une pétition nationale poursuivant le même objectif rassemble ce dimanche près de 400.000 signatures sur le site MoveOn.org. Pour Waltrina Middleton, cousine d’une des victimes de l’attaque de mercredi, ce drapeau, représentation de la lutte contre l’abolition de l’esclavage, des lois ségrégationnistes, et devenu dans les années 60 le symbole de l’opposition au mouvement des droits civiques, est une « bannière du racisme » et une forme d’« intimidation » à l’encontre des Afro-américains.

« C’est lui… pas le drapeau »

Mais, pour ses partisans, il est symbole de la fierté et de l’héritage du Sud. Le sénateur de Caroline du Sud et candidat à la présidentielle de 2016, Lindsey Graham, a ainsi souligné que Dylann Roof seul était à blâmer. « On ne va pas donner à ce gars l’excuse d’un livre qu’il aurait pu lire, d’un film qu’il a vu, d’une chanson qu’il a écoutée ou d’un symbole qu’il aurait pu voir quelque part. C’est lui [qui est en cause]… pas le drapeau. » Pourtant, l’historien David Goldfield a souligné sur ABC que « d’un point de vue historique, le lien entre le drapeau confédéré et le suprémacisme blanc est irréfutable ».

John Mullins, l’un des anciens camarades de classe de Dylann Roof au lycée interrogé par le Daily Beast, fait lui aussi -peut-être de manière involontaire- ce rapprochement : « Il avait cette sorte de fierté sudiste, comme qui dirait. Des croyances conservatrices assez fortes. Il faisait beaucoup de blagues racistes mais on ne le prenait pas vraiment au sérieux. »

Comme l’a expliqué au Guardian Heidi Beirich, du Southern Poverty Law Center (SPLC), qui surveille groupes haineux et organisations extrémistes, « il n’y a pas d’autre Etat qui présente un tel niveau de sympathies pour les Confédérés, de groupes haineux ou un tel affichage public du drapeau confédéré. » Le SPLC a en effet identifié 19 groupes haineux actifs en Caroline du Sud.

« En état de siège » depuis 150 ans

Jack Jenkins, journaliste du blog ThinkProgress et originaire de l’Etat, fait lui aussi le parallèle entre le soutien au drapeau confédéré, « toujours profond » en Caroline du Sud, et le racisme, qui y est « institutionnalisé ». Il égrène les régulières reconstitutions de la « guerre d’agression du Nord », le parrainage des équipes de foot junior par les Fils des vétérans de la Confédération (SVC), ou encore les concours de rédaction pour les écoliers glorifiant Robert E. Lee, le général en chef des armées des États confédérés. Il note qu’« un drapeau ne créé pas l’hostilité virulente de Roof envers les Noirs, mais l’obsession pour ce drapeau dont l’Etat fait preuve avec une fierté malavisée a fomenté sa haine. »

Mais pour Pat Hines, président de la Ligue du Sud -un des groupes sécessionnistes les plus importants de Caroline du Sud dont le principal objectif est « la survie et le bien-être des gens du Sud » qui se sentent « en état de siège » depuis 150 ans-, le mouvement sécessionniste ne porte aucune responsabilité dans la tuerie de Charleston. « Nous ne recommandons pas de faire ce qu’il a fait », a-t-il expliqué au Guardian. Selon Hines, 25 à 40 % de la population de l’Etat soutient l’idée d’une nouvelle sécession des États du Sud. Enfin, 25 à 40 % de la population blanche. « Nous considérons que les gens du sud sont blancs », dit-il.