«Une surenchère de déclarations catastrophistes»

Sa. C.

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Bernard Kouchner s'est rendu dans le camp de Djabal, installé en avril 2004 près de Goz Beïda (plus de 700 km à l'est de N'Djamena), où vivent plus de 15.000 réfugiés soudanais ayant fui le conflit qui déchire le Darfour depuis 2003. européenne.
Bernard Kouchner s'est rendu dans le camp de Djabal, installé en avril 2004 près de Goz Beïda (plus de 700 km à l'est de N'Djamena), où vivent plus de 15.000 réfugiés soudanais ayant fui le conflit qui déchire le Darfour depuis 2003. européenne. — Frédéric de la Mure AFP/Ministère des Affaires étrangères

Le Darfour, nouvel instrument politique? C’est ce qu’affirme Rony Brauman, ex-fondateur de Médecins sans frontière (MSF), dans une interview au «Journal du Dimanche» (JDD). «Sur le Darfour, il y a surenchères de déclarations, d’affirmations catastrophistes, avec probablement des visées politiques», soutient-il alors que Bernard Kouchner est en tournée en Afrique pour visiter des camps de réfugiés.

Déclarations exagérées mais situation toujours grave

Exemple de déclarations exagérées: «Aujourd’hui, parmi ces 200 morts par mois, une bonne partie sont des hommes en armes, et non pas des civils désarmés comme on le dit trop souvent», affirme-t-il.

La situation dans les camps n’en est pas moins dramatique. Rony Brauman rend ainsi hommage à l’aide qui s’y organise et contribue à enrayer la famine. «Si l’on ne meurt pas de faim dans les camps de réfugiés, c’est parce qu’il y a cette grande opération de distribution de fourniture et de vivres, déclare-t-il. Mais si ça se relâchait, cela risquerait d’être très grave.»

Rony Brauman condamne néanmoins toute intervention militaire internationale dans la province. «Il y a des groupes religieux, la droite chrétienne et les mouvements évangélistes américains qui ont constitué un lobby très puissant pour engager les Etats-Unis dans une politique plus volontariste. (…) C’est une idéologie interventionniste, celle qui remet entre les mains des grandes puissances occidentales la responsabilité de faire régner l’ordre sur le monde. Tous ceux qui, en France, sont pour une intervention au Soudan était pour une intervention en Irak, et semblent aujourd’hui totalement indifférents aux milliers de morts qu’elle a provoquées», s’indigne-t-il.

Kouchner en prend pour son grade

Rony Brauman préfère de loin la voie diplomatique. Ainsi, il espère que la conférence de Paris, le 25 juin, sera l’occasion d’établir «des contacts avec les belligérants» qui conduiront, plus tard, à un processus de négociations. Pour lui, la Chine a un rôle à jouer aux côtés des puissances occidentales. «Si cela peut permettre à la Chine d’entrer dans la danse, ce sera une bonne chose, souligne-t-il.  Si, en revanche, on arrive en disant que l’on va boycotter les Jeux olympiques de 2008 à Pékin, on se ridiculise et on se condamne à l’échec.»

Rony Brauman s’en prend ainsi à son ami d’hier, Bernard Kouchner, avec lequel il avait fondé MSF. «Aujourd’hui, quand on voit des Bernard Kouchner et des Bernard Henri-Lévy qui parlent des Chinois comme de «prédateurs», de gens qui sont intéressés uniquement par le commerce et le profit, on comprend que nous, quand on était en Afrique, on avait d’autres visées: on avait notre grandeur d’âme…», raille-t-il.