«Rien de ce qui est blanc ne peut me décrire», affirme celle qui se faisait passer pour une Noire

ETATS-UNIS Rachel Dolezal s'est exprimée pour la première fois depuis la révélation par ses parents de son mensonge...

20 Minutes avec AFP
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Rachel Dolezal, activiste de la lutte pour les droits des Afro-Américains, se faisait passer pour noire depuis des années.
Rachel Dolezal, activiste de la lutte pour les droits des Afro-Américains, se faisait passer pour noire depuis des années. — CAPTURE ECRAN TWITTER

Cette militante des droits des Noirs prétendait être noire. Mais elle est en fait blanche. Et ce mensonge crée la polémique outre-Atlantique. Rachel Dolezal a fini par donner sa version des faits. Dans sa première interview télévisée nationale, cette jeune femme de 37 ans, cheveux crépus et peau caramel, a affirmé sur le plateau de NBC: «Je m'identifie comme noire», à la question de savoir si elle était afro-américaine.

Elle a reconnu, visiblement avec difficulté, qu'elle était blanche, en concédant le fait qu'une photo d'elle à 16 ans montrait une jeune fille, dont elle parle à la troisième personne, «identifiable en tant que blanche par ceux qui la voient».

Figure locale de la lutte pour les droits des Noirs à Spokane (Etat de Washington, nord-ouest), Dolezal a démissionné lundi de la direction du chapitre local de la grande organisation militante NAACP après que ses propres parents biologiques, blancs, avec lesquels elle est brouillée, ont révélé la supercherie.

«Les choses sont plus complexes que la vérité ou le mensonge»

Lors de son interview mardi, la militante a affirmé s'identifier comme noire «depuis son plus jeune âge». «Je dirais que cela a commencé vers l'âge de cinq ans. Je me dessinais avec un crayon marron, pas un crayon couleur pêche, avec des cheveux noirs bouclés», a-t-elle dit.

Poussée dans ses retranchements pour expliquer cette «tromperie» qui durait depuis une dizaine d'années, la jeune femme a répondu, de manière vague, que «la question est plus complexe que de s'identifier comme noire ou répondre à la question de savoir si on est noir ou blanc».

Elle a reconnu ne pas avoir rectifié par le passé des articles de presse la qualifiant de métisse, «parce que les choses sont plus complexes que la vérité ou le mensonge à un moment donné». Quant à sa peau bronzée, Dolezal a répondu prosaïquement qu'elle «n'évitait pas le soleil».

«Ma vie a été une survie et ce que j'ai fait tout du long, y compris mon identification, a été fait pour survivre», a-t-elle ajouté de manière là encore obscure. Dans d'autres émissions sur NBC tout au long de la journée, Dolezal a affirmé qu'elle n'était «absolument pas blanche. Rien de ce qui est blanc ne peut me décrire».

«Cette posture d'imitation finit par être irrespectueuse»

Les «gens ne me connaissent pas, ne savent pas par quoi je suis passée», a-t-elle encore ajouté en affirmant qu'il ne s'agissait pas d'une simple «crise d'identité». Depuis que ses parents Lawrence et Ruthanne Dolezal, du Montana (ouest), ont révélé la supercherie, l'histoire personnelle de la jeune femme a émergé: une adolescence dans le Mississippi (sud) où elle côtoie la culture noire, des études à la Howard University, grande université noire de la capitale, des années de militantisme dans le nord-ouest du pays.

Avec des détails troublants: une bataille pour la garde d'un de ses quatre frères noirs adoptés par ses parents, un ami noir qu'elle fait passer pour son père, jusqu'à une plainte classée sans suite pour discrimination raciale anti-blancs quand elle était étudiante -blanche- à Howard.

Ses parents ont indiqué mardi sur Fox News, après l'interview de leur fille, être «inquiets du niveau de malhonnêteté que Rachel montre». Par ailleurs, dans ce pays qui ne tolère pas le mensonge, Rachel Dolezal a rempli un formulaire de la ville de Spokane en indiquant être en partie noire, blanche et de sang indien afin d'occuper un poste de médiateur indépendant pour la police.

La ville, depuis quelques jours, enquête. La sincérité de son engagement convainquait peu mardi des sociologues experts sur les questions d'identités raciales. Plonger à ce point dans une identité noire «sape l'excellent travail qu'elle a fait» pour la cause noire, estime G. Reginald Daniel, de l'Université de Californie, «cette posture d'imitation et d'appropriation finit par être irrespectueuse».