Mokhtar Belmokhtar, l’homme qui était mort des dizaines de fois

TERRORISME Le gouvernement provisoire libyen affirme que le leader djihadiste a été tué lors d’un raid aérien mené ce week-end par l’armée américaine...

L.C.
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Mokhtar Belmokhtar sur une photo datant de janvier 2013.
Mokhtar Belmokhtar sur une photo datant de janvier 2013. — Sahara Media

Mokhtar Belmokhtar est-il mort ce week-end ? Pour le gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale, la réponse est oui. Les Etats-Unis ont confirmé lundi que le chef djihadiste du groupe Al-Mourabitoune était la cible d’une frappe aérienne, sans conclure à son décès. La question n’est pas inédite, elle s’est déjà posée à plusieurs reprises, notamment en mars 2013, et, plus récemment, en avril dernier.

Comme les chefs terroristes notoirement célèbres que sont Ben Laden et Abou Bakr al-Baghdadi, la mort de Mokhtar Belmokhtar, dit le « Borgne », fait depuis des années l’objet de rumeurs et de spéculations plus ou moins relayées dans les médias.

 

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Dans un communiqué publié dimanche, le gouvernement provisoire libyen basé à Tobrouk a annoncé la mort de Mokhtar Belmokhtar lors d’un raid de l’armée américaine sur Ajdabiya, une ville côtière du nord-est de la Libye.

 

Sur Twitter, le journaliste David Thomson, spécialiste des questions relatives au djihad, précise que « cette zone échappe au contrôle de ce gouvernement » et que Mokhtar Belmokhtar a déjà été donné pour mort « une dizaine de fois ».

 

Empoisonné en avril dernier ?

Le 13 avril dernier, le quotidien algérien Al Chorouk écrivait que le « Borgne », serait mort empoisonné en mars. Quelques jours plus tard, le groupe Al-Mourabitoune revendiquait l’attentat-suicide perpétré le 15 avril contre une base de l’Organisation des Nations Unies dans le nord du Mali, jetant le doute sur cette rumeur.

Assassiné par l’armée tchadienne en 2013 au Mali ?

En mars 2013, le président tchadien Idriss Déby avait annoncé que ses troupes avaient tué plusieurs terroristes, dont Mokhtar Belmokhtar, lors d’une attaque menée dans le nord du Mali, dans le massif des Ifoghas. Par la suite, la photo d’un homme barbu en treillis, au visage maculé de sang, avait été publiée par le magazine Paris Match, qui l’attribuait à Abdelhamid Abou Zeid, l’un des leaders du groupe Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). Sur son site, RFI affirmait en revanche qu’il s’agissait du cadavre de Mokhtar Belmokhtar, sur la base des témoignages de militaires tchadiens.

Quoi qu’il en soit, la mort de Mokhtar Belmokhtar a été démentie en avril 2013 par un leader du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao) et par le porte-parole de la katiba Al-Mouthalimin (les Enturbannés).

Mort en 2012 lors de combats contre les séparatistes touaregs au Mali ?

En juin 2012, c’est une chaîne de télévision algérienne qui avait rapporté le décès du leader djihadiste, lors d’affrontements entre islamistes et séparatistes touaregs à Gao, dans le nord du Mali. Mais il ne s’agissait une fois de plus que d’une rumeur, finalement démentie par son entourage.

Tué lors d’un raid aérien américain en Libye en 2015 ?

La dernière mort annoncée de Mokhtar Belmokhtar sera-t-elle la dernière ? Lemime Ould M. Salem, auteur d’un ouvrage consacré au djihadiste intitulé Le Ben Laden du Sahara, reste lui aussi prudent. « Pour l’heure, ni les Etats-Unis ni l’entourage de Mokhtar Belmokhtar ne confirment son décès. Or les djihadistes ne font en général pas secret de la mort d’un des leurs », souligne-t-il. Le Pentagone se montre en effet prudent. « Nous continuons à évaluer les résultats de l’opération et fournirons plus de précisions de manière appropriée », a déclaré dimanche un porte-parole de la Défense. Concrètement, l’état-major américain attend les conclusions d'une éventuelle autopsie avant de se prononcer sur le sort de Mokhtar Belmokhtar.

En l’absence de confirmation par une source fiable, l’information reste donc au conditionnel, insistent de nombreux experts. Wassim Nasr, journaliste et spécialiste des mouvements djihadistes, affirme par ailleurs que des sources djihadistes ont nié la présence du chef terroriste sur les lieux de la frappe militaire.