VIDEO. Borgne, contrebandier... Qui est Mokhtar Belmokhtar a.k.a «Mister Marlboro»?

TERRORISME Mokhtar Belmokhtar aurait été tué pendant le week-end en Libye par une frappe américaine…

W.M.

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Photo non datée le 24 mai 2012 diffusée par le site d'information d'Alakhbar Mokhtar Belmokhtar dans un lieu non identifié
Photo non datée le 24 mai 2012 diffusée par le site d'information d'Alakhbar Mokhtar Belmokhtar dans un lieu non identifié — HO ALAKHBAR.INFO

Le gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale l’annonce mort. Les Américains ont confirmé ce lundi qu’une frappe aérienne a ciblé le chef djihadiste Mokhtar Belmokhtar, sans toutefois conclure à son décès.

Le terroriste avait créé fin 2012 sa propre unité combattante, les « Signataires par le sang », pour s’affranchir de la tutelle de Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) avec laquelle il était entré en dissidence. Il est responsable d’attaques sanglantes, notamment sur le complexe gazier d’In Amenas en janvier 2013. Sa tête était mise à prix par Washington.

>> Qui se cache derrière Mokhtar Belmokhtar, le « gangster djihadiste » ?

Il lui manque un œil

Surnommé Belawar, « le borgne » en arabe, il a perdu un œil lorsque, très jeune, il a combattu en Afghanistan en 1991. Il a alors tout juste 19 ans. A son retour en Algérie en 1993, au début de la guerre civile, il rejoint le Groupe armé islamique (GIA, démantelé en 2005), le plus sanguinaire des groupes armés algériens, et crée une unité basée principalement dans le Sahara. Selon des sources sécuritaires maliennes, il s’était retiré en Libye, d’où il entendait contrôler tout le Sahel.

Activités de contrebandier

Mokhtar Belmokhtar est surnommé MBM. Mais aussi « Mister Marlboro », en référence à ses activités de contrebande de cigarettes. Grâce à ce commerce, il a établi des liens avec les tribus qui le préviennent des mouvements des forces de l’ordre dans les régions où rien n’échappe aux hommes du désert. Cette épopée est relatée dans le livre de référence de Lemine Ould M. Salem, Le Ben Laden du Sahara (La Martinière). Puis MBM se détache progressivement de ce business de façade de vendeur de cigarettes pour entrer dans des activités beaucoup plus lucratives, celles du commerce des otages. Mais pour cela, il lui faut des armes qu’il achètera en Libye en mars 2012, au début de la rébellion touareg dans le nord du Mali. Il dirige alors la katiba (unité combattante) des « Moulathamoune » (les « Enturbannés ») dans le nord du Mali, occupé par plusieurs groupes islamistes.

Business de la prise d’otages

En octobre 2012, le chef d’Aqmi destitue MBM après plusieurs mises en garde concernant son manque de respect de la hiérarchie. Quelques mois plus tard, en janvier 2013, il revendique l’attaque sanglante et la prise d’otages massive qui a suivi sur le complexe gazier d’In Amenas, dans le Sahara algérien. L’opération algérienne est une véritable boucherie : 38 otages sont tués ainsi que 29 ravisseurs. En mai 2013, il revendique aussi des attaques contre l’armée nigérienne à Agadez et le site français d’uranium d’Areva à Arlit qui font au total une vingtaine de morts. Il aurait par ailleurs commandité l’assassinat de quatre Français en Mauritanie en décembre 2007, et la prise en otages de deux Canadiens en 2008, trois Espagnols et deux Italiens en 2009.

Sa tête était mise à prix

Belmokhtar est recherché par plusieurs pays et sa tête a été mise à prix pour cinq millions de dollars par les Etats-Unis en juin 2013. En janvier dernier, le général américain David Rodriguez, patron de l’Africa Command, estimait que Belmokhtar avait les moyens de perpétrer « à nouveau une attaque » du type de celle conduite à In Amenas. Il a été donné pour mort au moins à deux reprises, notamment par l’armée tchadienne au Mali le 2 mars 2013, mais l’information avait ensuite été démentie.

Al-Qaida versus Daesh

MBM a rarement eu des relations aisées avec ses alliés djihadistes. Mi-mai dernier, il avait réaffirmé la loyauté de son groupe, Al-Mourabitoune (fusion avec une partie du Mujao), à Al-Qaida. Il avait démenti l’allégeance à l’Etat islamique (EI), proclamée par un autre dirigeant qui voyait dans Daesh l’occasion d’universaliser le djihad et de le porter en Afrique. Cette dissonance laissait présager une sérieuse discorde dans la hiérarchie du mouvement. Il n’est d’ailleurs pas exclu que la localisation de MBM par les Américains soit le fruit d’une trahison issue de désaccords internes.