Travail des enfants: Malgré ses efforts, l’Inde est toujours confrontée à ce fléau

DECRYPTAGE Alors que le pays a ratifié la Convention Internationale des Droits de l’Enfant en 1989 et que la législation a encore été revue en mai, il reste en tête du classement mondial du travail des enfants...

Bérénice Dubuc

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Illustration: Travail des enfants en Inde. — Plan International

Dans le monde, 168 millions d’enfants de 5 à 17 ans travaillent. Si ce nombre a baissé d’un tiers entre 2000 et 2012, la mobilisation est toujours de mise, et la journée mondiale de lutte contre le travail des enfants, qui a lieu ce vendredi, toujours d’actualité. De nombreux pays, malgré leurs efforts, sont en effet toujours confrontés à ce fléau.

Malgré la ratification de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant en 1989 et la législation, l’Inde est ainsi en tête du classement mondial, avec 12,66 millions d’enfants travailleurs, qu’ils soient chiffonniers, vendeurs à la sauvette, employés de dhabas, d’ateliers, de mines,… «Les causes sont multifactorielles, explique Jean-Joseph Boillot, spécialiste du pays*. Ici, la moitié de la population vit avec moins de 1 dollar par jour, de nombreux enfants sont donc dans une situation d’extrême pauvreté. » Et le salaire qu’ils ramènent s’avère vital pour leur famille.

Pas d’état civil

« Mais il faut faire la différence entre ceux qui vivent dans les quartiers de basse caste, un peu à l’écart, où il n’y a pas d’école et où on les rend “utiles “en les faisant participer aux travaux ménagers et ceux qui sont véritablement mis au travail pour en tirer un revenu », continue l’expert. Et ces enfants, non scolarisés, n’ont souvent pas de papiers. « Ils sont issus de familles qui ne les ont pas enregistrés à l’état civil par difficulté d’accès -géographique ou économique. C’est pourtant le premier droit fondamental d’un enfant », souligne Alain Caudrelier, directeur de Plan International France, ONG présente en Inde depuis 1979.

Et si la loi globale interdisant le travail des enfants existe depuis 1986, « elle n’est pas respectée », critique-t-il. Idem pour celle de 2010, rendant obligatoire la scolarisation des enfants de 6 à 14 ans : « Elle doit être appliquée et une véritable éducation nationale, une vraie école publique, de qualité, mises en place », martèle Jean-Joseph Boillot, qui déplore que peu de moyens soient engagés par les gouvernements, notamment dans les « Bimaru states », les quatre états indiens les plus pauvres.

Plus qu’interdire, supprimer le travail des enfants

De plus, la mise en œuvre des mesures prises dans le droit du travail n’est pas effective, souligne le spécialiste. « Depuis plusieurs années, le gouvernement fédéral a complètement démantelé le rôle des inspecteurs du travail, facilement corruptibles. » « Le droit criminel doit aussi s’attaquer à l’exploitation des enfants », ajoute-t-il : « Les exploiteurs qui récupèrent des enfants dans les villages contre un millier de roupies (13 euros) ne sont pas inquiétés. Il ne faut pas simplement interdire le travail des enfants, mais le supprimer effectivement. »

Dans cette optique, le gouvernement a approuvé le 13 mai des mesures durcissant la législation, mais qui sont jugées insuffisantes par plusieurs ONG. « L’esprit était de permettre à des enfants de travailler dans le cadre d’entreprises familiales, pour aider les micro-entreprises. Mais la définition de ces entreprises peut amener à des dérives. La loi est encore en débat, mais associations et ONG, se mobilisent pour essayer d’en réduire l’impact », note Alain Caudrelier.

Mobilisation des ONG

« Le gouvernement a préféré laisser du mou à la loi, sensible à l’argument selon lequel : “Il vaut mieux qu’un enfant exerce une activité plutôt que de l’interdire à tout prix et appauvrir encore sa famille “, ajoute Jean-Joseph Boillot. Mais si ces métiers -aux salaires extrêmement faibles (1 roupie, soit 0,01 euro pour rouler un papier de bidi), qui tirent les salaires sur le marché du travail global vers le bas- trouvent preneurs, c’est aussi parce qu’il y a plus de bras que de travail en Inde : le gouvernement a réussi à relancer la croissance, mais sans créer d’emplois. »

En attendant, ONG et associations continuent de se mobiliser sur le terrain. « A travers un faisceau convergeant de programmes, avec un plaidoyer auprès des familles pour qu’elles comprennent que l’éducation des enfants leur permettra d’avoir de meilleures conditions de vie, nous les recensons, les scolarisons, les formons pour leur donner accès à un travail », égrène Alain Caudrelier.

*Auteur de L’Inde pour les nuls (éd. First).

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