Club Bilderberg: La réunion secrète des «maîtres du monde» entretient le mystère

RENCONTRE Chaque année, le club réunit le gratin mondial de la politique, du patronat et du savoir à huis clos...

T.L.G.

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Un manifestant lors du Bilderberg de Sitges en Espagne, en 2010.
Un manifestant lors du Bilderberg de Sitges en Espagne, en 2010. — JOSEP LAGO / AFP

Une réunion très secrète. Le groupe Bilderberg réunit chaque année à huis clos une partie du gratin mondial de la politique, du patronat et du savoir. Cette année, la rencontre se déroule de jeudi à dimanche dans le village autrichien de Telfs-Buchen. Le club, entouré de mystères, fascine les conspirationnistes et entretient le mythe d’un complot mondial. 20 Minutes vous dit pourquoi.

Des origines sulfureuses

La première rencontre date de 1954. Elle est organisée par l’homme d’affaires américain et milliardaire David Rockefeller et le prince Bernhard des Pays-Bas. En pleine guerre froide, le groupe Bilderberg rassemble dans un hôtel du même nom aux Pays-Bas plusieurs dizaines d’invités, dont les Français Guy Mollet et Jean Monnet. Un but : lutter contre le communisme.

« A l’époque, le but était de convaincre les dirigeants européens et américains de resserrer leurs liens et de ne pas baisser la garde face à la puissante Union soviétique », expliquait à L’Obs l’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine en 2013. L’existence du club n’éclate au grand jour qu’en 1976 après une affaire de corruption impliquant le prince Bernhard et le groupe d’armement Lockheed.

Des invités « très sélects »

Si vous n’avez pas encore reçu d’invitation, pas de panique. Seul le gratin mondial est convié : 140 participants, issus de 22 pays. Depuis 1954, les invités sont triés sur le volet par le comité directeur du club (une trentaine de membres), présidé depuis 2012 par le PDG français du groupe d’assurance Axa, Henri de Castries.

Sur la liste cette année, le PDG de Google Eric Schmidt, celui d’Airbus Thomas Enders, de Goldman Sachs Robert Zoellick. Mais aussi des politiques, comme le premier ministre belge Charles Michel, le ministre néerlandais des Finances et patron de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem, le président autrichien Heinz Fischer et le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg. Côté français, Alain Juppé, Laurence Boone, conseillère économique de François Hollande, le patron de Michelin Jean-Dominique Senard, ou encore l’universitaire spécialiste du monde arabe Gilles Kepel seront de la partie.

Rien ne doit filtrer

Depuis sa création, le club entretient l’opacité. Les réunions se déroulent sans ordre du jour et ne font l’objet d’aucune déclaration publique. Les participants restent tout le week-end et doivent respecter une confidentialité absolue. « Ils ont la règle la plus dure. Non seulement on n’a pas le droit d’attribuer des propos à des personnes, mais on n’a pas le droit de dire ce qui est dit. Ils veulent avoir les personnalités les plus importantes et qu’elles puissent se parler de manière la plus détendue possible », résumait le journaliste Vincent Jauvert à France Info.

Débats, et prises de décision ?

Ses détracteurs reprochent au groupe Bildeberg de défendre une mondialisation ultra-libérale. D’autres y voient le « vrai gouvernement du monde ». Thèse parfois alimentée par les membres fondateurs eux-mêmes.

« Dire que nous cherchions à mettre en place un gouvernement mondial unique est très exagéré, mais pas totalement absurde. Nous autres à Bilderberg pensions qu’on ne pouvait pas continuer à se faire la guerre éternellement et tuer des millions de gens pour rien. Nous avons pensé qu’une communauté unique à travers le monde pouvait être une bonne chose », confiait ainsi en 2001 Denis Healey au Guardian.

« Contrairement aux fantasmes, aucune décision n’y est prise », assure l’économiste et membre du comité directeur Nicolas Baverez à L’Obs. « En fait, on est là pour travailler. Les deux jours et demi sont très intenses. De 8h à 20h, il y a une succession de débats ». Depuis peu, le club laisse filtrer le thème des discussions. Cette année, l’objectif affiché est de « promouvoir le dialogue entre Europe et l’Amérique du nord ». Sécurité, technologies de l’information et grands dossiers géopolitiques sont au programme.