En Egypte, les djihadistes semblent changer de cibles en visant le tourisme

ANALYSE Les terroristes ont attaqué le site touistique de Louxor...

20 Minutes avec AFP

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Vue en date du 21 décembre 2013 du temple de Karnak à Louxor
Vue en date du 21 décembre 2013 du temple de Karnak à Louxor — KHALED DESOUKI AFP

Avec l'attentat suicide déjoué mercredi, qui aurait pu faire un carnage dans l'un des temples les plus visités de l'Egypte pharaonique, les djihadistes semblent changer de stratégie pour ébranler un pouvoir répressif obsédé par la nécessité d'attirer à nouveau touristes et investisseurs étrangers.

Jusqu'alors, les terroristes visaient exclusivement les forces de sécurité. Mais les experts ont prédit qu'ils changeraient rapidement de stratégie face à l'incapacité de ces attaques, qui ont tué des centaines de policiers et de soldats, à affaiblir le nouveau pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi. D'autant que pleuvent sur le pays les millions de dollars d'aide des monarchies du Golfe et les promesses de contrats juteux avec des compagnies étrangères.

Recettes du tourisme

L'attentat n'a pas été revendiqué, mais plusieurs experts mettent en cause des «éléments djihadistes».

Mercredi, à l'entrée du temple de Karnak à Louxor, les policiers ont stoppé trois assaillants. Un kamikaze s'est fait exploser et les policiers ont tué ou blessé les deux autres, lourdement armés. Plus de 600 touristes se trouvaient dans le temple, seuls deux policiers et deux civils égyptiens ont été légèrement blessés.

Le Caire avait annoncé en février une hausse de 20% des recettes du tourisme en 2014 par rapport à l'année précédente. Ce secteur fournit près de 20% de ses devises étrangères à l'Egypte.

Guerre totale

«Désormais, il s'agit d'une guerre totale menée contre l'Egypte et pas seulement contre ses forces armées», renchérit Mathieu Guidère, professeur de géopolitique arabe à l'université de Toulouse (France).

Ce type d'attaque a pour objectif «d'affaiblir l'économie égyptienne en détruisant le secteur touristique», mais permet également de «donner le maximum d'impact médiatique et une résonance internationale là où des actions locales ont échoué à obtenir le même écho depuis des mois malgré leur intensité», analyse-t-il.

En février 2014, le principal groupe djihadiste du pays, Ansar Beït al-Maqdess, avait revendiqué un attentat suicide contre un bus de touristes sud-coréens faisant quatre morts, dans le Sinaï.

Mesures de sécurité

Après l'attentat de mercredi, le ministre des Antiquités Mamdouh al-Damati a reconnu, dans un entretien avec l'AFP, avoir «le sentiment que le terrorisme commence à frapper les sites touristiques».

«Nous multiplions les mesures de sécurité sur ces lieux, et nous continuons à placer des caméras de surveillance sur tous les sites archéologiques», tente-t-il de rassurer.

Mais pour Mathieu Guidère «il n'y a pas grand chose à faire contre les attentats suicide». «La clé n'est ni militaire ni sécuritaire, mais politique et sociale», estime l'expert.