Irlande: Vers un référendum sur la dépénalisation de l'avortement?

DROIT DES FEMMES Les rapporteurs de l’ONU ont demandé à Dublin d’envisager la voie de la consultation populaire…

Laure Cometti

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Des manifestants anti-avortement lors d'un rassemblement à Dublin, en juillet 2013.
Des manifestants anti-avortement lors d'un rassemblement à Dublin, en juillet 2013. — Julien Behal/AP/SIPA

Chaque année, environ 4.000 Irlandaises avortent à l’étranger, principalement au Royaume-Uni. Dans la très catholique Irlande, l’avortement est illégal et puni de 14 ans de prison. Depuis lundi, le gouvernement irlandais est sur le gril des questions du Comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU pour l’examen périodique des droits de l’homme à Genève qui s’achève ce mardi.

À plusieurs reprises, les rapporteurs ont interpellé la délégation irlandaise sur un éventuel référendum sur la dépénalisation de l’avortement, deux semaines après la victoire du « oui » lors de la consultation populaire sur le mariage homosexuel.

Que dit la loi irlandaise ?

L’avortement est interdit en vertu du huitième amendement de la Constitution, adopté en 1983 par référendum. Ce texte accorde à l’enfant à naître un droit à la vie « égal » à celui de la mère. L’avortement est par conséquent illégal sauf si la mère est en danger de mort (y compris en cas de tendances suicidaires) depuis une loi sur la « protection de la vie pendant la grossesse », entrée en vigueur le 1er janvier 2014.

Quelles sont les conséquences pour les femmes de ce pays ?

Selon un rapport publié mardi par l’ONG Amnesty International (AI), 177.000 femmes ont subi une interruption de grossesse à l’étranger depuis 1971. En 2014, elles étaient 3.735 selon le planning familial irlandais (+1,5 % par rapport à 2013). Des chiffres en deçà de la réalité car ils sont seulement basés sur les statistiques officielles des systèmes de santé de l’Angleterre et du Pays de Galles. Or, certaines femmes avortent dans d’autres pays ou ne déclarent par leur adresse de résidence irlandaise.

Avorter à l’étranger coûte cher, 1.000 à 1.500 euros en moyenne, et reste donc inaccessible aux femmes les plus vulnérables : pauvres, sans-papiers ou en trop mauvaise santé pour voyager.

Les risques pour la santé des femmes, à court et long terme, sont nombreux et préoccupants. En 2012, la mort de Savita Halappanavar a suscité une vague d’indignation. Enceinte de quatre mois, elle a fait une fausse couche mais les médecins ont refusé de la faire accoucher et elle a contracté une septicémie.

Pourquoi le sujet reste-t-il tabou ?

Le simple fait de partager des informations sur l’avortement est encadré par une loi datant de 1995 qui entretient un flou juridique. « Nous ne savons pas vraiment à partir de quel moment nous enfreignons la loi lorsque nous parlons d’avortement à une patiente », déplore Mark Murphy, médecin généraliste et membre de l’association Doctors 4 Choice qui milite pour la révision du huitième amendement. « Cette loi a un effet dissuasif pour les médecins et les femmes : le sujet est tabou », constate-t-il.

Quels sont les partis en faveur d’un référendum sur l’avortement ?

Après le référendum sur le mariage gay, qui s’est déroulé dans un climat apaisé, les partis du Labour et Sinn Féin ont affirmé vouloir renouveler l’expérience au sujet de l’avortement. Mais les deux partis majoritaires, Fianna Fáil et Fine Gael, ne suivent pas cet élan. Le premier s’oppose au référendum, tandis que le second ne s’est pas encore prononcé. Le sujet sera probablement inévitable lors de la campagne des élections générales prévues en avril 2016. Mais Mark Murphy doute que les choses changent si vite. « Les lobbies d’extrême droite sont puissants », insiste-t-il.

L’opinion publique est pourtant majoritairement favorable à la dépénalisation de l’avortement. En avril 2015, 63 % des Irlandais étaient en faveur de l’avortement en cas d’anomalies du fœtus, et 67 % en cas de viol, selon un sondage Sunday Independent/Millward Brown.