«En période électorale, Sarkozy veut se montrer très actif»

Propos recueillis par Sandrine Cochard

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Le gouvernement colombien a réaffirmé lundi que la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, otage de la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires), était "en bonne santé", disant s'appuyer sur une information "crédible".
Le gouvernement colombien a réaffirmé lundi que la Franco-Colombienne Ingrid Betancourt, otage de la guérilla marxiste des FARC (Forces armées révolutionnaires), était "en bonne santé", disant s'appuyer sur une information "crédible". — AFP/Archives

Jean-Jacques Kourliandsky, spécialiste de l’Amérique latine et de l’Espagne, à l’Iris (Institut de relations internationales et stratégiques), explique pourquoi les Farc ne relâcheront pas leurs otages malgré la libération de Rodrigo Granda, lundi.

Après la libération de Granda, les Farc vont-ils libérer à leur tour leurs otages?

Dans l’état actuel des choses, cela me semble peu probable. Les deux parties, à savoir le gouvernement colombien et les Farc, campent sur leur position. Le président Alvaro Uribe refuse de s’asseoir à une table de négociation avec les Farc, ce qui reviendrait à reconnaître ce mouvement armé. Quant aux Farc, elles souhaitent avoir un droit de regard sur la liste des prisonniers libérés, une requête rejetée par le gouvernement. Pour l’instant, gouvernement et Farc ont une position inconciliable.

Quel rôle peut jouer Rodrigo Granda?

Il a précisé qu’il attendait les directives des cadres des Farc, muets depuis sa libération. Pour l’instant, on ignore s’il va intervenir ou non, d’autant qu’il a été libéré sans condition en retour. Autre inconnue: les Farc considèrent-elles Granda comme toujours crédible et apte à la lutte?

Si Granda est inutile, pourquoi l’avoir libéré?

Le président colombien l’a réaffirmé: il a agi sous la demande expresse de Nicolas Sarkozy. C’est un geste en direction du président français et non en direction des Farc. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne faut pas attendre de geste en retour de leur part.

Comment un chef d’Etat étranger peut-il ingérer dans les affaires colombiennes?

Les deux présidents y trouvent un intérêt: Alvaro Uribe, mis à mal par un scandale au sein de sa majorité et sous la pression des Etats-Unis depuis la victoire des démocrates, se cherche des alliés. En pleine période électorale, Nicolas Sarkozy veut se montrer très actif sur ce dossier, qui mobilise l’opinion française depuis cinq ans. C’est lui qui a demandé à Uribe que Rodrigo Granda soit libéré avant le 7 juin.

Sa politique de médiatisation de l’affaire des otages colombiens peut-elle être payante?

Non car plus on parle d’Ingrid Betancourt, plus elle prend de la valeur et devient un joker que les Farc garderont le plus longtemps possible comme monnaie d’échange. Inscrire le cas des otages colombiens à l’agenda du sommet du G8 est également incompréhensible: il n’est pas du ressort du G8 de traiter ce dossier, cela n’a pas de sens. On voit mal Poutine et Bush disserter sur les otages, d’autant que la politique de Washington en la matière est d’être le plus discret possible. Eux-mêmes ont trois de leurs ressortissants retenus par les Farc et détiennent deux guérilleros mais ne veulent pas en parler.

La crise des otages n’est donc pas prête d’être résolue…

Non, pas tant qu’Alvaro Uribe campera sur ses positions ou sera au pouvoir. Son prédécesseur, Andres Pastrana, avait ouvert un dialogue avec les Farc mais Uribe estime que la résolution du conflit passe par une intervention militaire. Il faut savoir que des combats entre soldats colombiens et guérilleros des Farc ont lieu tous les jours.