Yémen: la rébellion montre ses muscles à l'approche de pourparlers de paix

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Manifestation le 5 juin 2015 à Sanaa de Yémenites partisans des rebelles chiites houthis
Manifestation le 5 juin 2015 à Sanaa de Yémenites partisans des rebelles chiites houthis — Mohammed Huwais AFP

Le conflit au Yémen a connu samedi une nouvelle escalade, avec des attaques d'envergure des rebelles chiites contre l'Arabie saoudite en riposte à une intensification des raids aériens de la coalition dirigée par Ryad, à l'approche de pourparlers de paix prévus à Genève.

Les rebelles chiites Houthis, soutenus par des militaires restés fidèles à l'ex-président Ali Abdallah Saleh, ont tiré samedi avant l'aube un missile Scud en direction du sud de l'Arabie saoudite, que la coalition a dit avoir intercepté.

La zone avait déjà été la cible d'une attaque rebelle sur plusieurs fronts vendredi, une offensive qui selon des médias saoudiens est la première de cette ampleur depuis le début le 26 mars de la campagne aérienne contre la rébellion au Yémen.

Les combats ayant suivi cette offensive ont fait vendredi quatre morts parmi les militaires saoudiens, dont deux officiers, dans les provinces de Najrane et Jazane, frontalières du Yémen, a indiqué le commandement de la coalition, dans un communiqué faisant également état de dizaines de morts côté yéménite.

En représailles, les avions de combat de la coalition ont bombardé dans la nuit et la journée de samedi plusieurs sites militaires et positions tenues par les Houthis dans le nord du Yémen, dont la capitale Sanaa, mais aussi dans le sud.

Pour expliquer le tir du Scud samedi, le porte-parole de la coalition a indiqué que les rebelles avaient pu "stocker dans des grottes" du nord montagneux du Yémen certains des quelque "300 missiles" dont ils disposaient avant mars.

Le général de brigade Ahmed Assiri, qui s'exprimait sur la chaîne satellitaire Al-Arabiya, avait pourtant affirmé auparavant avoir éliminé tout risque de "menace balistique" au Yémen, où la coalition maîtrise l'espace aérien, et avait fait de la destruction des sites de lancement de missiles une priorité.

- Explosions à Sanaa -

Les raids de la coalition ont visé vendredi soir des dépôts d'armes et de munitions sur trois collines surplombant Sanaa, ainsi que le QG des Forces spéciales, provoquant des explosions qui ont résonné toute la nuit dans la capitale, selon des habitants.

La coalition est intervenue aussi dans les provinces d'Amrane, de Hajja et de Saada, fief des Houthis dans le nord, mais aussi dans des provinces du sud, dont Lahej, où elle a bombardé la base aérienne d'Al-Anad, la plus grande du pays, contrôlée par les rebelles.

A Taëz (sud-ouest), sept civils ont été tués et 29 blessés vendredi par des tirs des rebelles chiites contre des quartiers résidentiels, alors que 12 rebelles et 3 combattants pro-gouvernementaux sont morts dans des combats à Dhaleh, plus à l'est, selon des sources militaire et médicale.

En outre, des combats nocturnes à l'entrée nord et ouest d'Aden, principale ville du sud, ont fait 7 morts, dont quatre civils, et 71 blessés, selon un responsable de la santé.

Les rebelles ont tiré à 02H45 (23H45 GMT) samedi un missile Scud en direction de la ville saoudienne de Khamis Mushait (sud-ouest), a annoncé la coalition dans un communiqué.

"Les forces royales saoudiennes de la défense aérienne ont intercepté (le Scud) avec deux missiles Patriot", et l'aviation de la coalition a aussitôt détruit le site de lancement des missiles, repéré au sud de Saada", le fief des Houthis dans le nord du Yémen, a-t-elle ajouté.

Les Houthis ont confirmé le tir du Scud qui visait "la base aérienne Prince Khaled à Khamis Mushait", "un porte-parole militaire", cité par l'agence Saba que contrôlent les rebelles, ajoutant que "plusieurs soldats saoudiens avaient été tués" dans une attaque contre leur poste-frontière.

- Gagner du terrain avant le dialogue -

Ces violences interviennent alors que la rébellion a accepté vendredi de participer, avec le gouvernement yéménite en exil à Ryad, à des pourparlers à Genève, initiés par l'ONU pour tenter de mettre fin au conflit.

"Chaque partie cherche à gagner du terrain avant l'amorce du dialogue", estimait samedi le quotidien pan-arabe Al-Hayat, qui évoque une possible trêve au début du ramadan, le mois de jeûne musulman, prévu vers le 17 juin.

Aucune date n'a été fixée officiellement pour ces discussions mais selon des diplomates à New York, elles commenceront le 14 juin. Leur but est la mise en place d'un cessez-le-feu, d'un plan de retrait des rebelles des zones conquises depuis la fin de l'été dernier et d'un accroissement de l'aide humanitaire, ont-ils précisé.

Les rebelles exigeaient jusqu'ici un arrêt des frappes aériennes de la coalition. M. Saleh, leur principal allié, n'a pas encore dit si son parti, le Congrès populaire général (CPG), allait participer aux pourparlers de Genève.

Le conflit a fait près de 2.000 morts et poussé plus de 545.000 personnes à quitter leur foyer, selon l'ONU.