Sarajevo: le pape attendu avec espoir pour une visite éclair

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Le portrait du pape sur une banière le 5 juin 2015 dans une rue de Sarajevo
Le portrait du pape sur une banière le 5 juin 2015 dans une rue de Sarajevo — ANDREJ ISAKOVIC AFP

Le pape François devait atterrir samedi matin à Sarajevo où des milliers d'habitants de cette ville, toujours meurtrie 20 ans après une guerre entre communautés aux confessions différentes, l'attendent avec espoir.

Près de 100.000 personnes, outre les habitants de Sarajevo, vont se rassembler samedi dans la capitale pour accueillir le souverain pontife, dont quelque 65.000 ont été enregistrées auprès de leurs paroisses pour participer à la messe que le pape va célébrer au stade olympique de Sarajevo.

Quelque 20.000 personnes devraient affluer de Croatie voisine où près de 90% de la population est de confession catholique.

«Cette visite est très importante et elle fera du bien à tout le monde dans ce pays. Moi-même je viens d'une famille très mixte, nous sommes de toutes les confessions et je pense que les mots que le pape prononcera feront du bien à tout le monde», a expliqué à l'AFP une habitante de la capitale bosnienne, Dora Filipovic.

La guerre de Bosnie (1992-95) a fait près de 100.000 morts et plus de 2 millions de réfugiés et de déplacés, soit plus de la moitié de la population du pays.

- Pas de véritable réconciliation -

Vingt après les accords de Dayton, qui ont mis fin à cette guerre entre Serbes orthodoxes, croates catholiques et musulmans bosniaques, la ville est en paix, mais semble comme figée sans véritable réconciliation, en dépit de nombreux efforts au sein de la population.

Dans ce contexte, Jorge Bergoglio, deuxième pape à se rendre à Sarajevo après Jean Paul II en 1997, entend avant tout prêcher la coexistence, le «croisement» des mondes et des religions.

«Je viens parmi vous (...) pour exprimer mon soutien au dialogue oeucuménique et inter-religieux, et surtout pour encourager une cohabitation paisible dans votre pays», a écrit le pape dans un message adressé lundi aux habitants de Sarajevo.

«Partout dans le monde où il va, le pape François réclame la justice et la paix entre les peuples. C'est certainement un des meilleurs êtres humains qui marche sur cette terre. Je lui souhaite sincèrement la bienvenue», a dit de son côté à l'AFP Ismet Muhovic, un Musulman d'une soixantaine d'années.

- Présidence tournante -

Dès son arrivée prévue vers 09H00 locales (07H00 GMT), le pape rencontrera la présidence bosniaque constituée de trois représentants des communautés bosniennes: les Serbes, les Musulmane et les Croates. Chacun de ces représentants assure la présidence tournante pendant une période de huit mois. C'est le représentant serbe qui est actuellement président en titre.

Ce dernier fera un discours et le pape lui répondra, avant de dire la messe dans le grand stade olympique de la ville.

Mais le temps fort de cette visite éclair, qui ne durera qu'une dizaine d'heures, sera la rencontre inter-religieuse avec des représentants des confessions musulmane, juive, orthodoxe et catholique.

«Le Pape va dans cette ville, que Saint Jean-Paul II a définie comme la +Jérusalem d’Europe+, comme pèlerin de dialogue et de paix», a déclaré vendredi matin sur Radio Vatican le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'Etat du Vatican, équivalent d'un Premier ministre.

Les Musulmans sont majoritaires en Bosnie où ils représentent quelque 40% de la population. Viennent ensuite les orthodoxes serbes avec 31% et les catholiques, presque tous croates, avec 10%. Les juifs ne sont plus qu'une petite minorité.

Mais la minorité croate catholique se sent à l'étroit dans ce pays divisé en deux par les accords de Dayton de 1995.

Le pape entend toutefois les encourager à rester, et à vivre ensemble, en dépit des plus de 300.000 catholiques (sur 800.000 avant la guerre) ayant déjà quitté la Bonsie depuis les années 90.

Le souverain pontife arrive à Sarajevo dans un contexte sécuritaire très délicat et sa visite représente, selon des experts, un important défi pour les forces de sécurité.

Des islamistes se réclamant du groupe Etat islamique (EI) ont appelé au jihad dans les Balkans dans une vidéo qui a été relayée vendredi par la presse locale, à la veille de la visite du pape.

Au moins 5.000 policiers devraient être déployés samedi dans toute la capitale bosniaque.