Edward Snowden défend les progrès contre la surveillance de masse dans «Libération

INTERNET L'ex-analyste de la NSA fait le bilan des changements que ses révélations ont provoqués...

Philippe Berry

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Edward Snowden s'exprime le 24 juin 2014 par vidéoconférence avec des responsables européens
Edward Snowden s'exprime le 24 juin 2014 par vidéoconférence avec des responsables européens — Frederick Florin AFP

C’était il y a tout juste deux ans. Edward Snowden, un analyste de la NSA, s’enfuyait pour Hong Kong avec des centaines de milliers de documents confidentiels sur les programmes de surveillance de l’agence américaine. Vendredi, dans un édito publié dans les colonnes de Libération, il estime « que les rapports de force commencent à changer ».

Des changements politiques

Le signal le plus fort, selon lui : « Le programme intrusif de suivi des appels de la NSA a été déclaré illégal par les tribunaux et désavoué par le Congrès. » Ce dernier a effet adopté mercredi le Freedom Act, qui retire une mesure controversée du Patriot Act de George W. Bush. Désormais, l’agence n’a plus le droit de collecter les métadonnées téléphoniques domestiques à la volée et doit faire des demandes au cas par cas à un juge pour y accéder.

Snowden salue des efforts similaires en Europe et en Amérique latine et la position de l’ONU selon qui « la surveillance de masse constitue sans ambiguïté une violation des droits humains ».

Des changements technologiques

Mais les changements les plus concrets se situent du côté des acteurs Internet. Google, Facebook, Apple, Microsoft… Tous les géants ont mis en place des mesures pour protéger les communications par le cryptage.

Dans les derniers iOS et Android, l’utilisateur peut enfin contrôler comment ses données sont utilisées par les apps. « Des experts travaillent inlassablement afin de revoir la sécurité des dispositifs qui nous entourent, ainsi que le langage d’Internet lui-même », se félicite Snowden.

Encore du travail, notamment en France

L’ancien analyste épingle la France, l’Australie et le Canada pour leurs nouvelles lois antiterroristes. Selon lui, « les chefs des services secrets ont exploité des tragédies récentes afin d’essayer d’obtenir de nouveaux pouvoirs intrusifs, malgré des preuves éclatantes que ceux-ci n’auraient pas permis d’empêcher ces attaques ». Snowden souligne encore que « des milliards de données de géolocalisation et de communications continuent à être interceptées ».

Toujours exilé en Russie, alors qu’il a été inculpé d’espionnage aux Etats-Unis, le protagoniste du documentaire Citizen Four, multiplie les interventions dans les médias. La plus réussie, c’était le mois dernier, chez John Olivier, qui lui révélait qu’une majorité d’Américains ne sait pas qui il est, ou le confond avec Julian Assange, de WikiLeaks. Edward Snowden a encore du boulot pour éduquer les masses.