Etats-Unis: Abercrombie jugé coupable de discrimination religieuse

SOCIETE La marque avait déclaré ignorer la religion de la candidate...

20 Minutes avec agences

— 

Une boutique Abercrombie & Fitch à New York
Une boutique Abercrombie & Fitch à New York — Mario Tama Getty

La Cour suprême des Etats-Unis a, ce lundi, donné tort à la marque « branchée » de prêt-à-porter Abercrombie, qui avait refusé d’embaucher une femme car elle portait un foulard islamique. En 2008, l’enseigne n’avait pas donné suite à la candidature de Samantha Elauf, 17 ans, qui portait un foulard noir lors d’un entretien de recrutement pour le poste de vendeuse, dans une boutique Abercrombie pour enfants de Tulsa, en Oklahoma (sud).

Lors du procès, qui s’est ouvert en février 2015, Abercrombie & Fitch a argué que la jeune femme n’avait pas mentionné sa confession ni demandé explicitement d’aménagement de sa politique vestimentaire en fonction de sa religion. Défendue par l’Agence gouvernementale pour l’égalité devant l’emploi (EEOC), Samantha Elauf affirmait au contraire qu’Abercrombie ne pouvait pas ignorer qu’elle était musulmane.

Pour rappel, la loi interdit, outre-Atlantique, la discrimination religieuse à l’embauche, sauf si l’employeur démontre qu’il ne peut pas « aménager raisonnablement » son activité pour la conformer à une pratique religieuse.

La pratique religieuse ne doit pas être un facteur d’embauche

A la quasi-unanimité, les juges de la plus haute instance du pays ont considéré qu’on ne « peut pas faire de la pratique religieuse d’un postulant, qu’elle soit confirmée ou pas, un facteur d’embauche ». « La loi ne requiert pas que l’employeur ait en fait connaissance » d’une nécessité d’aménager le règlement, a expliqué le juge Scalia, qui a présenté la décision.

« Ici l’employeur a au moins supposé que la pratique (le port du foulard, NDR) était de nature religieuse. Son refus d’embaucher était donc motivé par le désir d’éviter d’autoriser cette pratique, et cela suffit », a asséné le juge catholique, traditionnellement enclin à défendre la liberté de religion.

« La pratique religieuse d’un employé ne doit pas être une raison pour un employeur de refuser l’embauche », a-t-il encore fustigé. Peu importe que la décision « découle d’une connaissance éclairée, d’un soupçon bien fondé ou d’un simple pressentiment », a ajouté le juge conservateur, immédiatement applaudi par la communauté sikh.

Abercrombie : Les cinq plus grandes polémiques de la marque des « enfants cools »

La marque a changé sa politique vestimentaire

Jusqu’ici réputés pour leurs mannequins aux torses sculpturaux et aux jeans taille basse et leurs vendeuses aux tailles de guêpe, les magasins de la marque ont décidé de faire peau neuve : « Nous avons fait des changements significatifs (…) y compris le remplacement de notre politique vestimentaire par un nouveau code vestimentaire qui permet à nos associés de faire des choix plus personnels et un changement de nos pratiques d’embauche moins portées sur la séduction », a encore commenté Carlene Benz, la porte-parole d’Abercrombie.

Depuis le 25 février, date de début du procès, Abercrombie a renoncé à ses mannequins aux torses nus et aux abdos saillants et a décidé de ne plus appeler ses vendeurs des « mannequins », préférant désormais les qualifier de « représentants de la marque ».