Italie: Des élections locales aux enjeux nationaux

DECRYPTAGE Quelque 22 millions électeurs sont appelés aux urnes pour des élections municipales et régionales partielles, dont les résultats pourraient revêtir une importance particulière au niveau national...

B.D.

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Le Premier ministre italien Matteo Renzi, le 10 mai 2015 à Rome
Le Premier ministre italien Matteo Renzi, le 10 mai 2015 à Rome — AFP

Des élections locales, qui n’auront qu’«une valeur locale» et dont les résultats n’auront «aucune conséquence» sur la stabilité du gouvernement. Le président du conseil italien, Matteo Renzi, a pris les devant samedi, mais les élections qui ont lieu ce dimanche dans 7 des 20 régions du pays et un millier de communes revêtent tout de même une importance nationale particulière. 20 Minutes vous explique pourquoi.

Parce que c’est une nouvelle bataille électorale d'importance

Un an après le triomphe inattendu du Parti démocrate (PD) aux élections européennes, (40,1% des voix), et un peu moins d’un an et demi après son arrivée à la tête du Conseil italien, Matteo Renzi, dont la cote de popularité reste élevée, affronte ce dimanche une nouvelle bataille électorale d’envergure. Et, si il a peu de chances de rééditer sa performance des Européennes, le PD -qui contrôle 5 des 7 régions en jeu- devrait rester de loin le premier parti d’Italie, profitant des premiers signes de reprise économique après trois ans de récession (croissance prévue à 0,6% en 2015 et 1,3% en 2016, création de 48.000 nouveaux emplois en avril…). «Les alternatives à Renzi ne sont pas très attractives, il reste l'unique offre politique sérieuse», a jugé auprès de l'AFP Giovanni Orsina, politologue à l'université Luiss de Rome.

Parce que, dans un contexte de réforme et de tensions internes au PD, c’est un test de popularité pour le gouvernement Renzi

Même si Matteo Renzi s’en défend, les résultats de ces élections peuvent influer sur sa marge de manœuvre pour continuer la mise en œuvre de ses réformes (économique, sociale, judiciaire, éducative), contestées jusqu’à l’intérieur de son parti. «Il compte sur ces élections pour asseoir un peu plus son pouvoir», explique ainsi Natalia Mendoza, la correspondante de France 24 en Italie. La lutte contre la corruption est aussi sujet de crispation au sein du PD. Une crispation qui s’est manifestée vendredi par la publication par une commission parlementaire anti-mafia, présidée par Rosy Bindi, issue de la gauche du PD, d’une liste consultative d'«imprésentables» où apparaît le nom de Vincenzo De Luca, candidat de Renzi au poste de gouverneur de la Campanie, aujourd’hui détenue par le centre-droit.

Parce que c’est aussi un enjeu pour Berlusconi, Salvini et le Mouvement 5 étoiles

Outre le PD et Matteo Renzi, les élections de ce dimanche sont aussi importantes pour Silvio Berlusconi, qui joue sa survie politique, et son parti, Forza Italia, en pleine déliquescence. «Si Berlusconi enregistre des résultats vraiment mauvais, cela pourrait être sa fin politique», note Giovanni Orsina. «Il Cavaliere» bénéficie toujours d’un socle d’électeurs fidèles, mais une trentaine d'élus de Forza Italia ont déjà annoncé leur départ pour rejoindre son ex-dauphin, Raffaele Fitto.

La fin politique de Berlusconi pourrait profiter à Matteo Salvini, le leader de la Ligue du Nord, qui pourrait alors endosser les habits de premier opposant au gouvernement. Il tente en effet depuis deux ans d’étendre au Sud son offre politique, via des alliances avec différents groupuscules d’extrême-droite.

Enfin, ce scrutin pourrait permettre au Mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo de faire un retour sur le devant de la scène politique, lui qui avait effectué une percée aux législatives de 2013 (25% des voix), sans réussir à peser depuis sur la vie politique. Le parti anti-système, qui dénonce la classe politique traditionnelle, pourrait profiter des scandales entourant les partis concurrents: placé en deuxième position par les instituts de sondage, il compte faire aussi bien que Podemos en Espagne.