Fifa: Blatter, un pistolet dans une main, une colombe dans l'autre

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Le président de la Fifa Sepp Blatter à Zurich le 29 mai 2015
Le président de la Fifa Sepp Blatter à Zurich le 29 mai 2015 — FABRICE COFFRINI AFP

Il a d'abord réglé ses comptes avant d'endosser les habits de rassembleur: Joseph Blatter a adopté samedi une stratégie de défense en deux temps, au lendemain de sa réélection pour un 5e mandat à la tête de la Fifa, ébranlée par un scandale de corruption.

. USA, Platini: Blatter règle ses comptes

Premier étage de la fusée: une interview à la RTS (télé suisse) où Blatter, 79 ans, dégaine à tout va. Le Suisse, président depuis 1998, se dit d'abord «choqué» par les accusations de Loretta Lynch, la ministre de la Justice des Etats-Unis.

Celui qui est entré à la Fifa il y a 40 ans ne digère pas le coup de filet dans un hôtel de luxe de Zurich (sept responsables de la Fifa arrêtés) à deux jours du Congrès électif: «Il y a des signes qui ne trompent pas: les Américains étaient candidats à la Coupe du monde de 2022 et ils ont perdu (...) Si les Américains ont à faire avec des délits d'argent ou de droit commun qui concernent des citoyens nord ou sud-américains, qu'ils les arrêtent là-bas, mais pas à Zurich alors qu'il y a un Congrès».

Et de lancer: «N'oublions pas qu'ils (les Etats-Unis) sont le sponsor numéro un du Royaume hachémite, donc de mon adversaire (battu, le prince jordanien Ali bin Al Hussein, ndlr.), cette affaire ne sent pas bon».

En tout cas, la justice américaine n'entend pas s'arrêter là. «Je suis plutôt confiant dans le fait qu'il va y avoir une nouvelle vague d'inculpations», a confié au New York Times le patron de la cellule enquêtes criminelles du fisc américain, l'IRS, Richard Weber

Blatter sort ensuite les griffes contre l'UEFA dont le président Michel Platini lui avait demandé en personne de démissionner jeudi. «On ne m'enlèvera pas de l'idée que (ce n'est pas) une simple coïncidence cette attaque des Américains et la réaction de l'UEFA et de M. Platini», tonne le président réélu de la Fifa.

Blatter dénonce ainsi une «haine, venue non pas seulement d'une personne à l'UEFA, mais d'une organisation, l'UEFA, qui n'a pas compris qu'en (1998) je suis devenu président».

Interrogé sur Platini, le patron du football mondial répond: «je pardonne à tout le monde, mais je n'oublie pas».

Concernant les relations futures avec l'UEFA, il tempère toutefois: «Il faudra continuer avec Platini et l'UEFA. Nous ne pouvons pas vivre sans l'UEFA et l'UEFA ne peut pas vivre sans nous».

Enfin, Blatter n'oublie pas non plus l'attitude des médias anglais, avec des titres hostiles à son égard («Tu as tué le football», par exemple), alors que «les Anglais étaient candidats à la Coupe du monde 2018 et (qu')ils ont perdu».

. «Pourquoi je démissionnerais?»

Quand le journaliste souligne que, dans des grandes multinationales, le PDG démissionne lorsque des membres du conseil d'administration sont arrêtés dans une affaire de corruption, Blatter reste ferme.

«Pourquoi je démissionnerais ? C'est accepter, c'est dire je suis fautif de tout ce qui arrive, moi je lutte depuis 2011 (précédente réélection) avec nos différentes commissions (au sein de la Fifa) contre toute corruption», se défend cet ancien attaquant de modeste niveau.

. CE: pas de clash mais une chaise vide

Après cette interview offensive, le ton s'est voulu plus consensuel au cours d'une conférence de presse tenue juste après le Comité exécutif. Ce dernier était chargé de régler l'épineuse question de la répartition par continent pour les Coupes du monde 2018 et 2022 en Russie et au Qatar.

Le clash a été évité au CE puisque le nombre de pays qualifiés restera à 32 avec le même quota par continent. L'Europe est soulagée et garde ses 13 qualifiés pour le Mondial-2018 plus la Russie, pays organisateur, alors que l'UEFA avait exprimé ces derniers mois ses craintes de perdre une place.

Concernant la semaine noire vécue par la Fifa, M. Blatter s'est dit «affecté par les attaques» nées du scandale de corruption. Il a toutefois appelé à «l'unité et la solidarité» et estimé qu'il restait «l'homme de la situation».

Ce n'est pas l'avis de l'Anglais David Gill, qui avait été choisi par l'UEFA pour occuper l'un des postes de vice-président de la Fifa.

Gill, vice-président de la Fédération anglaise (FA), a refusé cette fonction et a laissé son siège vide au CE. «Les événements ravageurs de ces trois derniers jours m'ont convaincu qu'il n'était pas approprié d'être membre du comité exécutif de la Fifa avec la direction actuelle», s'est-il justifié dans un communiqué.