Lutte contre le «djihad médiatique»: Les géants du Web peinent à trouver des solutions adaptées

RADICALISATION Google, Twitter et Facebook veulent « armer » la société civile pour contre-attaquer la propagande terroriste…

Laure Cometti

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Capture d'écran de la vidéo Stop djihadisme publiée fin janvier 2015 par le gouvernement pour dissuader les candidats au djihad.
Capture d'écran de la vidéo Stop djihadisme publiée fin janvier 2015 par le gouvernement pour dissuader les candidats au djihad. — Gourvenement / Dailymotion

La guerre contre le terrorisme se joue aussi sur la Toile et les géants du Net ont compris qu’ils avaient un rôle à y jouer. Google, Twitter et Facebook n’ont pas l’habitude d’organiser ensemble des événements publics, mais les entreprises veulent unir leurs forces pour aider les associations à contrebalancer la propagande terroriste. La première pierre de cette initiative a été posée ce mercredi matin au siège de Google France à Paris.

Une trentaine d’associations, dont Banlieues Créatives, le Secours Islamique de France, Respect Zone et la Licra, ont assisté à des ateliers prodigués gratuitement par les trois poids-lourds du numérique afin de viraliser leurs campagnes et d’augmenter leur audience. En somme, il s’agit de jouer dans la même cour que l’organisation terroriste Etat islamique, qui manie avec brio les nouveaux outils de communication et les codes des jeunes.

Le volet répressif est insuffisant

« Le problème ne va pas se régler avec des lois, et encore moins des lois répressives », a insisté la sénatrice de l’Orne Nathalie Goulet. « Il faut un contre-discours, mais personne ne va aller le chercher sur un site en .gouv », a-t-elle ajouté à propos de la campagne « #StopDjihadisme » lancée fin janvier par l’Etat.

#StopDjihadiste : « Un début de reconquête » qui doit aller plus loin

L’Etat se devait d’afficher une position officielle, réplique Christian Gravel, directeur du service d’information du gouvernement, même s’il reconnaît lui-même que « cette première étape est insuffisante et sa réception limitée ». D’où l’intérêt pour le gouvernement de « soutenir et d’appuyer » l’initiative du trio Google-Facebook-Twitter qui veut « armer » techniquement les associations dans la « guerre des idées ».

Daesh a une longueur d’avance

Le pari est loin d’être gagné, car la France est en retard en matière de contre-discours, souligne Wassim Nasr, journaliste à France 24 et spécialiste des mouvements djihadistes. « L’Etat islamique est passé à une autre dimension en matière de vidéo » et maîtrise à la fois les outils techniques et l’art du storytelling, analyse-t-il. Un style qui séduit les jeunes, ciblé par les filières de recrutement djihadistes sur les réseaux sociaux. Pour s’adresser aux jeunes, le contre-discours doit adopter un ton et des outils adéquats, faire appel aux émotions et mettre en avant les témoignages de « repentis », comme Mourad Benchellali, ou des familles de Français partis en Syrie ou en Irak.

« Djihad médiatique » : Comment les réseaux sociaux tentent d’endiguer la propagande terroriste

Reste à savoir si ces contre-discours peuvent démonter l’argumentaire des terroristes qui profitent d’un « vide idéologique » propre à notre époque et des « défaillances d’un monde occidental idéalisé », selon Wassim Nasr.

Union sacrée

Si les trois géants du Web font front contre la radicalisation sur Internet, au nom de la liberté d’expression et de la sûreté des utilisateurs, elles rejettent en bloc la possibilité de modifier leurs algorithmes pour mieux valoriser certains contenus. « Parfois, un contre-discours efficace est celui qu’on n’aura pas pré-identifié comme tel », justifie Benoît Tabaka, porte-parole de Google France.

Depuis novembre dernier, les associations françaises peuvent postuler au programme « Google for non profit », qui attribue des bourses de 10.000 dollars par mois pour « acheter des mots-clés dans Adwords et mieux se positionner dans le moteur de recherche ». Twitter et Facebook vont aussi proposer des subventions aux associations engagées dans la lutte contre la propagande terroriste pour l’achat de tweets ou de messages sponsorisés. Une manière philanthropique d’élargir leur clientèle.