Canicule en Inde : «Nombre de gens qui arrivent à l'hôpital sont déjà décédés»

CANICULE Depuis 10 jours, l'Inde est touchée par de fortes chaleurs qui ont déjà fait 1.500 morts et frappent durement les plus fragiles...

Coline Clavaud-Mégevand
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Le 26 mai dans la ville d’Amritsar, un salarié d’un restaurant jette de l’eau pour tenter de refroidir le trottoir brûlant.
Le 26 mai dans la ville d’Amritsar, un salarié d’un restaurant jette de l’eau pour tenter de refroidir le trottoir brûlant. — NARINDER NANU / AFP

Dix jours maintenant que l’Inde subit une vague de chaleur dont le bilan est exceptionnellement lourd. Le sud-est du pays est particulièrement touché : dans l’Etat de l’Andhra Pradesh, près de 1.020 personnes sont décédées depuis le 18 mai.

Dev Prakash, directeur du programme régional indien de l’ONG CARE, confirme : « 80 % des victimes viennent de cette zone, mais il fait très chaud jusqu’au nord du pays. On arrive à des pics de 48° Celsius ». Une température atteinte le week-end dernier dans l’état voisin du Telangana, où plus de 340 personnes ont succombé, quand on en dénombrait 31 l’an passé…

« Si une vague de chaleurs s’abat sur l’Inde chaque année à la même période, celle-ci est particulièrement forte », explique François Gourand, prévisionniste à Météo France. « Les températures ont grimpé de 4 à 5° par rapport à la moyenne des années précédentes. Et cette fois, le phénomène s’inscrit dans la durée ».

Les plus pauvres très durement touchés 

Principales victimes d’après Dev Prakash, les personnes âgées et les travailleurs pauvres : « Ils ne peuvent pas rester à l’abri car il leur faut impérativement ramener de l’argent. Les ouvriers du BTP ou dans les usines souffrent énormément ».

Autre problème selon Jean-François Hogne, fondateur de l’association d’écotourisme Pondichérie : « Une partie de la population s’entasse dans des logements au rez-de-chaussée, sans clim, dans des ruelles où l’air ne circule pas. Parfois, il y fait si chaud que les habitants préfèrent dormir dehors sur une natte ».

Résultat : des hôpitaux submergés par des patients se plaignant de sévères maux de tête, de vertiges ou présentant des signes de délire. « Je suis médecin dans ce district depuis 40 ans et je n’ai jamais rien vu de tel, nombre de gens qui arrivent sont déjà décédés » confie ainsi à l’AFP J. V. Subbarao, médecin au Rajiv Gandhi Institute for Medical Sciences, dans l’Andhra Pradesh.

Le 13 mai 2015, des sans-abris cherchent un peu de fraîcheur dans la ville d’Allahabad, au sud de l’État d’Uttar Pradesh. - Sanjay Kanojia/AFP

 

Pour Dev Prakash, difficile de mieux gérer la situation : « Le gouvernement recommande de ne pas sortir entre 9h du matin et 16h, de boire abondamment et d’emporter de l’eau si on est obligé de sortir ». Des distributions d’eau sont d’ailleurs organisées par les services municipaux, rapporte Jean-François Hogne.

Quant à l’utilisation massive de la climatisation, elles causent des coupures d’électricité dans des milliers de foyers, parfois pendant 10h d’affilées. Le système électrique de la troisième économie d’Asie est en effet trop vétuste et son approvisionnement insuffisant pour faire face à la demande.

Vers une amélioration des conditions météo ?

Selon Francois Gourand, cette situation devrait se maintenir au minimum jusqu’à ce week-end. Les vents vont ensuite tourner, apportant un peu de répit aux populations. Viendra ensuite la mousson qui gagnera le sud à partir de juin, puis remontera progressivement vers le nord. « L’Inde connaîtra alors le retour des températures plus fraîches », déclare le prévisionniste.

Pour lui, ces chaleurs intenses et prolongées sont notamment dues à El Niño, un phénomène climatique qui s’inscrit lui-même dans un contexte de réchauffement climatique général : « Il est avéré par les organismes référents en la matière, comme le GIEC ou la NASA, et ses effets se ressentent de plus en plus fortement dans les régions tropicales ».

Sur place, Dev Prakash confirme : « D’année en année, les températures augmentent ». Selon les experts, le nombre de victimes de cette canicule est encore sous-évalué.