Des réfugiés de la minorité rohingya résidant en Malaisie manifestent en faveur de leur communauté devant l'ambassade de Birmanie à Kuala Lumpur le 21 mai 2015 Lancer le diaporama
Des réfugiés de la minorité rohingya résidant en Malaisie manifestent en faveur de leur communauté devant l'ambassade de Birmanie à Kuala Lumpur le 21 mai 2015 — Mohd Rasfan AFP

DECRYPTAGE

Rohingyas: Qui sont les «Roms de l'Extrême-Orient»?

Poussée à l’exode, victime de discriminations, cette ethnie est au cœur de l’actuelle crise des migrants en Asie...

Alors que la crise des migrants perdure dans le Sud-Est asiatique, une conférence consacrée aux Rohingya à lieu ce mardi à Oslo en Norvège. En effet, durant les trois premiers mois de l’année, l’agence des Nations unies pour les réfugiés estime que 25 000 Rohingyas (et des Bangladais) ont pris la mer clandestinement, soit deux fois plus qu’au premier trimestre 2014. Et, depuis début mai, la politique de répression de la Thaïlande à l’égard du trafic d’êtres humains a amené les passeurs à abandonner en mer ces migrants. L’ONU estime que 2 000 personnes sont toujours en perdition en mer. Par ailleurs, la Malaisie a découvert ce week-end 28 camps à l’abandon susceptibles d’avoir abrité des centaines de migrants, ainsi que 139 fosses communes. Qui sont ces Rohingyas et pourquoi se retrouvent-ils dans cette situation ? 20 Minutes fait le point.

Qui sont les Rohingyas ?

Physiquement semblables aux Bangladais et s’exprimant dans un langage proche du bengali parlé à Chittagong (sud du Bangladesh), ils se considèrent comme des descendants de commerçants arabes, turcs, bengalis ou mongols, qui se sont convertis à l’islam au XVe siècle. Ils sont arrivés en Birmanie au XIXe siècle, sous l’administration coloniale britannique. Ils sont environ 1,3 million à vivre dans ce pays largement bouddhiste, principalement dans l’Etat d’Arakan (ou Rakhine), région du nord-ouest frontalière du Bangladesh. Dans cette région, ils sont 140 000 à s’entasser sur 26 km2 de camps insalubres, notamment dans la banlieue de Sittwe. D’autres vivent dans des camps de réfugiés au Bangladesh, après avoir fui la répression de la junte birmane au pouvoir de 1962 à 2011.

Pourquoi cherchent-ils à fuir ?

La Malaisie, pays à majorité musulmane relativement prospère d’Asie du Sud-Est, attire les Rohingyas, décrits par l’ONU comme l’une des minorités les plus persécutées au monde. En Birmanie, ils sont apatrides, privés de tout droit et n’ont aucune perspective d’éducation ou d’emploi. Ils subissent travail forcé, extorsion, restrictions à la liberté de mouvement, absence de droit de séjour, règles de mariage injustes et confiscation des terres.

De plus, la montée du nationalisme bouddhiste antimusulman a entraîné ces trois dernières années de nombreux affrontements, et une campagne de nettoyage ethnique a même eu lieu dans l’Arakan en 2012, selon Human Right Watch (HRW), accélérant encore l’exode. « Personne ne veut des Rohingya. Ce sont les Roms de l’Extrême-Orient, réprimés par le régime birman depuis des lustres, traités, au mieux de “Bengalis”, au pire de “monstres noirs” », écrivait en juin 2012 Bruno Philip, le correspondant du Monde à Bangkok.

Pourquoi sont-ils persécutés ?

La Birmanie les considère, depuis les réformes du dictateur Ne Win en 1982, comme des immigrants illégaux bangladais. A cette date, ils ont en effet été privés de la nationalité birmane, ne pouvant faire la preuve de leur présence sur le territoire avant 1823. Et, en cette année électorale cruciale (référendum sur la Constitution et élections législatives) après des décennies de régime militaire dictatorial, le gouvernement birman refuse toujours de les reconnaître comme groupe ethnique. Au vu de la montée du nationalisme bouddhiste extrémiste, aucun homme politique n’ose en effet s’aventurer sur ce terrain, de peur de perdre ses soutiens bouddhistes, pas même Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et vue comme le porte-drapeau de la démocratie dans le pays.