Mariage homosexuel: Comment l’Irlande a réussi son référendum

MONDE Dans ce pays de tradition catholique, le débat sur le mariage entre personnes du même sexe s’est déroulé dans une atmosphère apaisée…

Laure Cometti

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Un couple homosexuel dans un bureau de vote en Irlande pour le référendum sur le mariage gay, le 22 mai 2015.
Un couple homosexuel dans un bureau de vote en Irlande pour le référendum sur le mariage gay, le 22 mai 2015. — Maxwell/REX Shutterstoc/SIPA

Plus de 3,2 millions d’Irlandais sont invités à se prononcer ce vendredi sur la légalisation du mariage homosexuel. Les résultats seront connus samedi après-midi. Si le « Yes » (en tête dans les sondages) l’emporte, l’Irlande deviendrait le premier pays au monde à autoriser le mariage entre deux personnes du même sexe par voie référendaire.

La tenue de ce référendum est déjà un succès. Dans ce pays où 84 % des habitants se disent catholiques (selon le recensement de 2011), les débats sur le mariage gay, passionnés mais pacifiques, ont mobilisé une large partie des citoyens.

Selon la presse irlandaise, la participation serait d’une ampleur sans précédent dans le pays. À la mi-journée, certains bureaux de vote situés en zones urbaines enregistraient un taux de participation autour de 30 %, tandis qu’un afflux de votants est attendu en fin de journée, au sortir du bureau.

Consultation citoyenne et débats sereins

Cette mobilisation apaisée découle peut-être en partie du système démocratique irlandais. « Dans un pays pourtant assez traditionnel sur le plan des valeurs, on assiste à un débat serein parce que les citoyens se sentent impliqués », écrit David Van Reybrouck, essayiste belge et auteur de Contre les élections.

Début 2013, le Parlement a convoqué une convention constitutionnelle chargée de discuter d’une révision de la Constitution. Pendant un an, 33 élus politiques et 66 citoyens lambda, tirés au sort, ont travaillé ensemble et modifié 8 articles, dont un sur le mariage homosexuel. Après avoir consulté des experts, des lobbys, des prêtres catholiques, des associations de défense des homosexuels, la convention s’est prononcée en faveur de la légalisation du mariage homosexuel, ce qui a mené à l’organisation de ce référendum.

À l’inverse de la France, qui a connu une période d’instabilité politique sur cette question, « l’Irlande a eu une approche beaucoup plus juste », affirme David Van Reybrouck.

Forte mobilisation sur les réseaux sociaux

Tous les principaux partis politiques du pays, dont le Fine Gael du Premier ministre Enda Kenny, très actif sur Twitter, ont rallié le camp du « Yes ». En janvier, le ministre de la Santé Leo Varadkar avait fait son coming out, devenant le premier haut responsable politique ouvertement homosexuel de l’histoire du pays.

Les partisans du mariage gay ont bénéficié d’une importante médiatisation, notamment sur les réseaux sociaux, et grâce au soutien de plusieurs célébrités du monde de la musique, du cinéma ou du sport, comme le chanteur de U2 Bono ou l’acteur Colin Farrell.

Sécularisation de la société

En face, l’Eglise catholique d’Irlande et les conservateurs sont défavorables au mariage homosexuel. Mais l’influence de l’institution religieuse est déclinante, note le spécialiste de l’histoire de l’Irlande Laurent Colantonio. « Après une première vague de sécularisation dans les années 1960 et 1970, un vrai virage s’est opéré dans les années 1990, avec notamment la dépénalisation de l’homosexualité en 1993 et la légalisation du divorce en 1995 », souligne le maître de conférences à l’université de Poitiers. En 2010, l’Irlande a autorisé l’union civile de deux personnes du même sexe, équivalent du Pacs français.

« Le déclin de l’influence de l’Eglise s’est accentué dans les années 1990 après plusieurs scandales qu’elle a tenté d’étouffer », relève Laurent Colantonio. « La parole de l’Eglise a été très discréditée par les affaires de pédophilie, qui ont concerné 10.000 à 14.000 enfants, ou la découverte de la fosse de Tuam en 2014, un couvent où les mères célibataures et leurs nouveaux-nés étaient confinés. » Aujourd’hui, l’Eglise n’a plus réellement voix au chapitre sur les questions de mœurs.