Prise de Palmyre: Derrière la victoire symbolique, le signe de l’essor de Daesh en Syrie

DECRYPTAGE Cette nouvelle victoire des islamistes, qui plus est face aux troupes d’Assad, illustre la dynamique favorable que connaît le groupe, similaire à celle de l’été 2014...

B.D.

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Des Syriens dans une rue de Palmyre, le 18 mai 2015. Lancer le diaporama
Des Syriens dans une rue de Palmyre, le 18 mai 2015. — AFP PHOTO /STR

Une défaite inquiétante, tant sur le plan culturel que stratégique. En s’emparant mercredi de Palmyre, les djihadistes de l’organisation Etat islamique (EI), ont éveillé les craintes de la communauté internationale : cette victoire est en effet critique pour le futur de la ville en elle-même, mais aussi pour l’évolution du conflit syrien, signe supplémentaire de la phase d’expansion que connaît actuellement le groupe.

Le contrôle de Daesh sur Palmyre fait craindre pour le sort de ses célèbres ruines, inscrites au patrimoine mondial de l’Humanité de l’Unesco, qui risquent de subir des destructions par les extrémistes, comme avant elle plusieurs autres sites. Comme l’expliquait lundi à 20 Minutes Alain Rodier, directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), « les djihadistes de l’EI ne manqueront pas de choquer une fois de plus le monde en détruisant ce site ».

>> Regardez pourquoi la prise de Palmyre est inquiétante pour le patrimoine mondial :

Cette débâcle des troupes de Bachar al-Assad -qui « se sont effondrées et se sont retirées de toutes leurs positions sans résistance », selon un témoignage recueilli par l’AFP- est aussi leur « première grande défaite face à l’EI », après une série de revers militaires ces derniers mois, souligne Mathieu Guidère, spécialiste de l’islam radical et enseignant à l’Université Toulouse 2.

Et cette défaite pourrait affaiblir un peu plus encore le régime, selon lui. « La prise de Palmyre (Tadmor en arabe), est très importante. La ville est en effet située au beau milieu de la campagne syrienne, et coupe le territoire. Elle peut à ce titre permettre aux djihadistes de couper la logistique du régime en deux, et d’isoler ce dernier. »

En effet, la prise de Palmyre et de deux champs gaziers ces derniers jours près de cette ville, permet désormais à l’EI de contrôler « plus de 95.000 km2 en Syrie, soit 50 % du territoire du pays », selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), et de la quasi-totalité des champs pétroliers et gaziers de Syrie.

Dynamique favorable

Par ailleurs, la ville, qui ouvre sur le désert syrien frontalier de la province irakienne d’Al-Anbar, en grande partie contrôlée par Daesh, pourrait lui permettre de faire la jonction, et de progresser dans des secteurs clés détenus par le gouvernement, notamment vers Homs et Damas.

Cette victoire à Palmyre est donc aussi le signe d’une dynamique favorable à l’extension du groupe, en Syrie comme en Irak. L’EI a en effet lancé son offensive contre la ville il y a à peine huit jours (le 13 mai), et s’est entre temps emparé dimanche de Ramadi, une autre ville stratégique, située elle à moins de 100 km de Bagdad, en Irak. « C’est à peu près la même dynamique qu’il y a environ un an, en juin 2014, quand le groupe a entamé sa progression fulgurante en Irak, infligeant une sévère défaite aux milices tribales et à l’armée irakienne à Mossoul », note Mathieu Guidère.

Cependant, précise-t-il, l’objectif de l’EI n’est pas de s’emparer de l’ensemble du territoire syrien. « Ce qu’il vise, ce sont les territoires sunnites. Il ne risque pas de s’emparer des territoires chiites, où il n’a aucun soutien, mais il peut continuer de progresser ailleurs, car les sunnites sont pris en tenailles par les soutiens au régime syrien : l’Iran (qui fournit notamment 50.000 hommes à Bachar) et le Hezbollah (environ 20.000), mais aussi le régime irakien chiite, qui n’hésitent pas à massacrer les sunnites dans la région. »