Ben Laden avait peur de trouver des puces électroniques cachées dans les vêtements de sa femme.

TERRORISME Des lettres, brouillons, mémos et directives de l'ex-chef d’Al-Qaida viennent d'être déclassifiés par les Etats-Unis...

20 Minutes avec AFP

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Capture d'écran d'une vidéo fournie le 7 mai 2011 par le Département de la Défense américain montrant le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden
Capture d'écran d'une vidéo fournie le 7 mai 2011 par le Département de la Défense américain montrant le chef d'Al-Qaïda, Oussama ben Laden — Ho DOD

« La priorité doit être de tuer et de combattre les Américains et leurs représentants. » La phrase est écrite de la main d’Oussama ben Laden. Et elle figure dans l’un des documents tout juste déclassifiés par les Etats-Unis. Ils avaient été saisis en 2011 par le raid américain dans la maison d’Abbottabad (Pakiskan), où l’ancien chef d’Al-Qaida a trouvé la mort.

Cette centaine de nouveaux documents, dont l’AFP a pu avoir connaissance en exclusivité, ont été sélectionnés et traduits par les services américains de renseignement. Ils apportent de nouveaux éclairages sur l’état d’esprit du chef d’Al-Qaida, ses réflexions tactiques, son anxiété face aux services de renseignements occidentaux, ou sa grande attention à l’image publique du réseau.

A travers les lettres, brouillons, mémos, directives, se lisent des préoccupations allant du stratégique au terre-à-terre. Conscient du risque que les frappes de drones américaines font peser sur ses cadres, Ben Laden demande de ne pas communiquer par e-mail, de ne pas se rassembler en groupes importants, et s’inquiète du risque de trouver des puces électroniques cachées dans les vêtements de sa femme.

« Nous devrions arrêter les opérations contre l’armée et la police dans toutes les régions »

Il se préoccupe du renouvellement des cadres, et cherche le moyen pour que son fils Hamza, le successeur probable selon les services de renseignement américains, puisse le rejoindre à Abbottabad. Sur un plan plus stratégique, Ben Laden estime qu’Al-Qaida doit monter des attaques spectaculaires contre les Etats-Unis, à l’image des attentats du 11-Septembre, et non contre les régimes du Moyen-Orient.

« Nous devrions arrêter les opérations contre l’armée et la police dans toutes les régions, spécialement au Yémen », écrit-il dans une lettre. La priorité doit être de « frapper l’Amérique pour la forcer à lâcher » les régimes du Moyen-Orient, « et à laisser les musulmans tranquilles », ajoute-t-il. Le chef d’Al-Qaida s’inquiétait « que la désunion dans le mouvement djihadiste entraîne sa perte », a souligné un responsable américain du renseignement en commentant les documents sous couvert d’anonymat.

Al-Qaida en Irak, qui évoluera pour devenir le groupe Etat islamique, est source de conflit au sein de la mouvance extrémiste. En 2007, des djihadistes irakiens écrivent à Ben Laden pour dénoncer en termes virulents les actions meurtrières d’Al-Qaida en Irak, des « scandales commis en votre nom ».

Certains proches de Ben Laden ont tenté de le convaincre de mener des attaques plus modestes et plus opportunistes, plus faciles à mener quand les drones menacent et que les écoutes sont partout, indiquent les services de renseignement américains.

Ben Laden pas favorable aux loups solitaires

Ainsi un document saisi à Abbottabad, déclassifié dans le cadre d’un récent procès à New York mais pas mercredi, montre que Abou Mousab al-Souri, un proche de Ben Laden, plaidait pour ce style d’attaque, expliquent les services de renseignement américains. Des responsables d’Al-Qaida « pensaient que des petites opérations, comme des attaques de type loup solitaire, pourraient affaiblir l’Ouest économiquement », selon ces sources.

Ben Laden ne se laissera pas convaincre, mais perdra le débat posthume. Après sa mort, Al-Qaida appellera à des attaques type « loup solitaire », et le « djihad individuel » défendu par Souri l’emportera.

La déclassification des documents est intervenue peu de temps après la publication d’un article iconoclaste du journaliste d’investigation Seymour Hersh, remettant en cause la version officielle sur la mort de Ben Laden. Mais le porte-parole de la CIA Ryan Trapani a indiqué que le processus avait commencé il y a plusieurs mois, et ne pouvait être considéré comme une réponse à l’article.