Un tribunal pour juger les assassins de Rafic Hariri

DIPLOMATIE Le Conseil de sécurité de l'ONU vient de le créer formellement...

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Le Liban commémorait en masse mardi à Beyrouth le premier anniversaire de l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, un tournant historique qui a conduit à la fin de près de 30 ans de présence syrienne dans le pays.
Le Liban commémorait en masse mardi à Beyrouth le premier anniversaire de l'assassinat de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri, un tournant historique qui a conduit à la fin de près de 30 ans de présence syrienne dans le pays. — Patrick Baz AFP
Le Conseil de sécurité de l'ONU a formellement créé mercredi un tribunal international pour juger les assassins de l'ex-Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Il a pris cette décision dans une résolution, adoptée par 10 voix sur 15. Cinq pays se sont abstenus: Chine, Russie, Afrique du sud, Indonésie et Qatar.

Le texte, légalement contraignant, prévoit l'entrée en vigueur automatique le 10 juin de la convention signée l'an dernier entre l'ONU et le Liban créant ce «Tribunal spécial», à moins que d'ici là les parties libanaises s'entendent pour ratifier cette convention. Un processus qui a peu de chances d'aboutit étant donnée la crise politique au Liban.

Bernard Kouchner s’est félicité jeudi matin de l’adoption de la résolution: «Enfin, la Commission d'enquête sur l'assassinat de Rafic Hariri peut désormais continuer sereinement son travail. Nous savons que le tribunal prendra la relève et que les responsables seront jugés. Comme le veulent tous les Libanais, de tout bord et de toute confession, il n'y aura pas d'impunité.»

Quand pourra-t-il siéger?

Il prévoit également que le tribunal «commencera à fonctionner à une date à déterminer par le secrétaire général, en consultation avec le gouvernement du Liban, et prenant en compte l'avancement du travail de la Commission d'enquête internationale». Plusieurs diplomates à l'ONU ont estimé que le tribunal ne pourra guère commencer à siéger avant environ un an.

Des drapeaux et des cierges au balcon

Un peu plus tôt, le chef de la majorité parlementaire libanais,e Saad Hariri, avait mis en garde contre des «provocations» de la Syrie suite à ce vote à l’ONU. «Nous savons que le régime syrien prépare une cinquième colonne pour tirer des coups de feu en l'air et essayer de provoquer les gens afin de montrer au monde que la création du tribunal international entraînera de graves problèmes au Liban. J'appelle tous les partisans du Courant du futur (son parti) et de Rafic Hariri et tous ceux qui veulent célébrer la création du tribunal international à rester calmes, à lever les drapeaux sur les balcons et à allumer des cierges en mémoire des martyrs».

«Où sont les accusés?»

De son côté, le chef chrétien de l'opposition libanaise (pro-syrienne), le général Michel Aoun, s’était interrogé sur la raison d’être du tribunal. «Ce qui est important pour le tribunal, c'est d'avoir les accusés... Où sont les accusés?». L'enquête, «malheureusement», n'a pas abouti «jusqu'à maintenant et on attend toujours. On se fait la guerre pour un tribunal qui n'a pas d'accusés», a-t-il observé au micro de Radio France. «On n'a toujours pas d'accusés, pas même des suspicions vraiment valables», a ajouté celui selon lequel «il n'y a jusqu’à maintenant que des soupçons très légers».
Le principe de la création du tribunal avait été décidé en 2005 par la résolution 1595 du Conseil. Une convention l'établissant a été signée en 2006 entre l'ONU et le gouvernement libanais mais sa ratification par le Parlement de Beyrouth, exigée par la Constitution libanaise, n'a pu avoir lieu en raison de la crise politique au Liban.