Etats-Unis: L’incroyable arsenal militaire des policiers américains

ARMEMENT Barack Obama a annoncé qu’il allait limiter le matériel militaire mis à la disposition des policiers par le Pentagone via le «programme 1033»...

Bérénice Dubuc

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Un policier tire une grenade lacrymogène lors des émeutes des Ferguson, dans le Misouri, le 18 août 2014. Lancer le diaporama
Un policier tire une grenade lacrymogène lors des émeutes des Ferguson, dans le Misouri, le 18 août 2014. — D.CARSON/ST. LOUIS POST-DISPATCH / AFP

Barack Obama réagit. Le président américain a annoncé lundi lors d’une visite dans le New Jersey l’interdiction de « certains équipements conçus pour le champ de bataille qui n’ont pas leur place entre les mains de la police locale ». En effet, la série d’incidents violents qui ont eu lieu aux Etats-Unis depuis août 2014 et la mort de Michael Brown à Ferguson a mis en pleine lumière la militarisation à outrance de la police américaine.

Fusils d’assaut, armes de gros calibre, véhicules blindés à chenilles, uniformes de camouflage, jumelles de vision nocturne… la liste du matériel à disposition des forces de police locales américaines ressemble plus à celui fourni aux personnels en zone de guerre qu’à celui de policiers chargés du maintien de l’ordre en zone urbaine.

Pire, comme le remarquait Europe 1 cet été, de nombreux vétérans de l’armée américaine ont indiqué sur Twitter, parfois photo à l’appui, qu’ils étaient moins bien équipés que la police de Ferguson lors de leur déploiement, en Bosnie ou en Irak.

Les forces de police américaines bénéficient en effet du « programme 1033 », qui permet au Pentagone de ne pas détruire mais de recycler le matériel de combat de ses troupes en le transférant pour une bouchée de pain, voire gratuitement, aux forces de police qui en font la demande. Comme l’explique Newsweek, « l’Amérique arme discrètement sa police avec du matériel militaire depuis le début des années 1990 ».

Confronté à la fois à une hausse de la criminalité liée au trafic de drogue et à des stocks de matériels militaires importants, le Congrès a voté le National Defense Authorization Act, dont la Section 1208 autorise le ministère de la Défense à transférer son matériel militaire vers les agences fédérales et de chaque État. En 1996, le Congrès a remplacé la Section 1208 par la Section 1033, transformant le « programme 1208 » en « programme 1033 ».

Lunettes de vision nocturne, Humvees, M-16, lance-grenades…

Ce dernier a pour devise « du combattant de guerre au combattant contre le crime », l’idée étant que les policiers peuvent réutiliser sur le sol américain l’équipement des soldats sur les lignes de front pour lutter contre les trafiquants de drogue, puis, après le 11-Septembre, contre les terroristes.

Grâce à ce programme, où les forces de polices elles-mêmes choisissent ce dont elles pensent avoir besoin pour mener leurs missions à bien, les petites villes de Walkerton, Mishawaka ou encore Michigan City (Indiana) ont acquis des lunettes de vision nocturne, des Humvees et des dizaines d’armes automatiques M-16, et celle de Bloomington (Géorgie) s’est elle dotée de quatre lance-grenades.

« Cinq milliards de dollars de matériel » distribués à la police depuis 1990

Comme l’indique la liste -rendue publique par le Pentagone en décembre sous la pression du Marshall Project - du surplus militaire distribué aux 8.000 forces de polices fédérales et locales en 2014, la police du campus de l’université de Louisiane, à Monroe, a elle reçu 12 M-16 pour « protéger » ses quelque 8.000 étudiants, et la ville de Johnston (Rhode Island), où œuvrent 67 agents de police assermentés, a en stock 2 robots démineurs, 10 camions tactiques, 35 fusils d’assaut, et plus de 100 fusils à viseurs à infrarouge.

Selon l’Agence de logistique du Pentagone, l’armée a fourni en 2013 l’équivalent de 450 millions de dollars en matériel militaire aux polices locales américaines. Au total, l’armée « a distribué cinq milliards de dollars de matériel [à la police] depuis 1990 », note de son côté le Marshall Project.