Enclava, Liberland, Molossia… Le tour du monde des micro-nations

GÉOGRAPHIE Grâce à Internet, les micro-Etats plus ou moins farfelus connaissent un succès sans précédents...

Laure Cometti

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La république du Liberland, sur les rives du Danube, entre la Croatie et la Serbie, a été proclamée le 13 avril 2015. Lancer le diaporama
La république du Liberland, sur les rives du Danube, entre la Croatie et la Serbie, a été proclamée le 13 avril 2015. — CROPIX/SIPA

Cent mètres carrés, cinq langues officielles et zéro impôt… Bienvenue au bien nommé royaume d’Enclava, un lopin de terre, coincé entre la Slovénie et la Croatie, élevé récemment au rang de nation indépendante par un groupe de Polonais, quelques semaines après la création du Liberland. 20 Minutes fait le tour du monde de ces micronations qui font tout – ou presque – comme les grandes…

Territoires apatrides

Enclava et Liberland ont vu le jour sur des no man’s land ou terra nullius. Ces « territoires sans maître » sont l’un des héritages du morcellement de la Yougoslavie. Le 13 avril dernier, la République libre du Liberland a été créée sur les rives du Danube, entre la Serbie et la Croatie, sur un territoire de 7 km carré qu’aucun des deux pays ne revendique. Grâce à Internet, ces deux petits pays bénéficient d’une renommée internationale. À ce jour, le royaume d’Enclava a reçu 5.000 demandes de citoyenneté sur son site, tandis que la république du Liberland en a reçu 200.000.

Autre terre apatride, Bir Tawil, une région inhabitée de 2.000 km carré entre l’Egypte et le Soudan. Le 16 juin 2014, un Américain y a planté un drapeau « fait maison » afin de tenir une promesse faite à sa fille Emily, 7 ans, qui voulait devenir princesse. Jeremiah Heaton, originaire de Virginie, a proclamé le Royaume du Soudan du Nord, au terme d’un voyage qui lui a coûté 3.000 dollars aller-retour. Avec la jeune princesse, il veut désormais créer une oasis écologique et cultiver des fruits et légumes.

 

Le territoire de Bir Tawil, entre l’Egypte et le Soudan. - DAVID CRIGGER/AP/SIPA

 

400 micro-nations dans le monde

Enclava et Liberland ne sont pas des cas isolés. Il existerait environ 400 micro-Etats dans le monde. Ces « pays » ne font parfois guère plus de quelques kilomètres carrés, mais cela ne les empêche pas d’avoir un dirigeant, un drapeau, une monnaie, ou d’éditer des timbres.

Les micro-nations ont même leur sommet international, le MicroCon, qui a réuni les représentants d’une quinzaine de chefs d’Etat le 11 avril à Anaheim, aux Etats-Unis, sous la houlette de Kevin Baugh, qui n’est autre que le président de Molossia, une « république bananière dictatoriale » autoproclamée en 1999. Le territoire de Molossia a beau ne pas s’étendre au-delà du jardin de Kevin Baugh, il compte une banque (qui imprime ses propres billets), une poste, et attire régulièrement quelques visiteurs curieux.

Kevin Baugh, président de la République de Molossia. - Chris Lobina/Rex Feat/REX/SIPA

Petits pays, grandes blagues

Vladimir Veselovsky, dictateur suprême des territoires provisoires du F.A.R.T. (pour Free Autocratic Republic of Totalitarianism, un acronyme qui forme le mort fart, « pet » en anglais), était présent au MicroCon 2015.

Russell Arundel faisait lui aussi partie des dirigeants de micro-Etats portés sur l’humour. L’homme d’affaires a établi la principauté d’Outer Baldonia en 1948 sur une île de l’archipel Tusket au Canada, achetée pour la modique somme de 750 dollars. Selon le règlement, quiconque parvenait à attraper un thon rouge se voyait décerner le titre de prince. La principauté a été abolie en 1973 lorsque l’Américain a revendu l’île.

La micro-nation la plus petite au monde est sans aucun doute celle des Etats libres et ambulants d’Obsidia, fondés par Carolyn Yagjian, une artiste américaine de 29 ans originaire d’Oakland. Le siège du pouvoir réside dans une roche volcanique de la taille d’un poing, et la particularité de cette nation est qu’aucun homme ne peut siéger au gouvernement.