Enfin la vérité sur l'assassinat de Hariri?

LIBAN Pour tout comprendre sur le Tribunal international chargé de juger les assassins de l'ex-Premier ministre...

De notre correspondant à Beyrouth, David Hury

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Le feu vert de l'Onu à la création d'un tribunal à caractère international pour juger les responsables de l'assassinat de Rafic Hariri, qui constitue "une première", répond à une demande unanime des Libanais qui a été consacrée par la conférence nationale de dialogue.
Le feu vert de l'Onu à la création d'un tribunal à caractère international pour juger les responsables de l'assassinat de Rafic Hariri, qui constitue "une première", répond à une demande unanime des Libanais qui a été consacrée par la conférence nationale de dialogue. — Patrick Baz AFP/Archives

Mercredi, le Conseil de sécurité de l’ONU devrait voter une nouvelle résolution, créant le Tribunal international chargé de juger les assassins de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.

Pourquoi un Tribunal pénal international pour le Liban?

Le 14 février 2005, une charge de 1.800kg de TNT emporte l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et 22 autres personnes. Quatre mois plus tard, les élections législatives portent Fouad Siniora (un proche de la famille Hariri) au pouvoir. Celui-ci demande une enquête impartiale concernant l’assassinat de Rafic Hariri. L’ONU – poussée par la France et les Etats-Unis – prend le dossier en charge, via la résolution 1644: c’est la première fois qu’un Tribunal international (TI) destiné à juger un seul assassinat (et non des crimes de guerre comme pour le Rwanda ou l’ex-Yougoslavie) est évoqué. Le Conseil de sécurité nomme une commission d’enquête, menée par l’Allemand Detlev Mehlis (remplacé en janvier 2006 par le Belge Serge Brammertz).

Où en est l’enquête?

Si, en décembre 2005, le rapport Mehlis a mis en cause la Syrie et ses relais au Liban (4 généraux libanais sont derrière les verrous), le dernier rapport remis par Serge Brammertz est plus nuancé. Le magistrat belge insiste quant à lui sur les liens évidents entre l’assassinat de Rafic Hariri et la quinzaine d’attentats qui ont frappé le Liban en octobre 2004 et décembre 2005. Cependant, Brammertz a indiqué qu’il réservait les conclusions définitives de son enquête pour l’ouverture du Tribunal international, c’est-à-dire pas avant des mois, voire des années.

Le TI fait-il l’unanimité au Liban?

Pas du tout. Il est même en partie à l’origine de la crise politique libanaise en cours depuis l’automne 2006. L’opposition parlementaire, menée par le Hezbollah et le général Michel Aoun, dénonce le passage en force du gouvernement Siniora concernant le TI. Le parti de Hassan Nasrallah (Hezbollah) demande la remise à plat des termes du tribunal. Après la démission de 6 ministres proche du Hezbollah en novembre, le blocage institutionnel à Beyrouth qui en a résulté et le refus du président du Parlement, Nabih Berri (opposition), de convoquer l’assemblée, le processus de ratification du TI est totalement arrêté. Le Conseil de sécurité a donc choisi de passer outre le vote des parlementaires libanais, via le chapitre VII de la charte de l’ONU.

Y a-t-il un rapport entre le TI et la crise actuelle autour du Fatah al-Islam?

Depuis les premiers affrontements entre le groupuscule jihadiste Fatah al-Islam et l’armée libanaise le 20 mai dernier, un seul dossier revient sur le tapis: le Tribunal international. La majorité pro-occidentale accuse la Syrie de tirer les ficelles de cette nouvelle crise, afin de déstabiliser le Liban et de disposer d’un moyen de pression supplémentaire sur les sphères politiques internationales. Si, officiellement, Damas ne rejette pas la création du TI, le régime de Bachar el-Assad – via son cabinet d’avocats londonien – freine des quatre fers depuis des mois sur ce dossier.