Burundi: Tout comprendre à la crise en six questions

AFRIQUE Une tentative de coup d'état aurait été déjouée selon les dernières informations dans ce pays où les opposants manifestent depuis le 26 avril contre le Président qui souhaite se représenter en juin...

O. G. avec AFP

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Des militaires repoussent des manifestants à Bujumbura au Burundi ce mercredi, alors que le pays est en proie à de grandes tensions depuis fin avril. Lancer le diaporama
Des militaires repoussent des manifestants à Bujumbura au Burundi ce mercredi, alors que le pays est en proie à de grandes tensions depuis fin avril. — AFP

La confusion règne au Burundi. Alors que des manifestations contre le président en place se multiplient depuis le 26 avril, la tension est montée d’un cran ce mercredi. En effet, un général a annoncé un coup d’Etat contre le Président, actuellement en Tanzanie. Un putsch que le pouvoir nie. 20 Minutes fait le point sur la situation ce mercredi au Burundi en six questions.

Un coup d’état ?

« Le président Pierre Nkurunziza est destitué de ses fonctions, le gouvernement est dissous », a annoncé, sur les ondes de la radio privée Insaganiro, le général Niyombare, limogé en février par le chef de l’Etat après lui avoir déconseillé de briguer un troisième mandat jugé inconstitutionnel par ses adversaires.

Mais l’information a été rapidement démentie par le pouvoir en place, qui qualifie cette tentative de coup d’Etat de « fantaisiste ». Sur Twitter, la présidence a tenté de rassurer.

 

Impossible de savoir dans l’immédiat qui contrôle le pays. Ce mercredi, un haut gradé loyaliste a affirmé que des « tractations » étaient en cours entre loyalistes et putschistes pour trouver une solution qui préserve les « intérêts nationaux ».

Où se trouve le président ?

Le président burundais Pierre Nkurunziza, visé par une tentative de coup d’Etat à Bujumbura, se trouvait toujours mercredi après-midi en Tanzanie, où il devait assister à un sommet est-africain consacré à la crise politique burundaise. « Il se trouve toujours ici à Dar es Salaam », a annoncé une porte-parole de la présidence tanzanienne, Prem Kibanga.

Qui est le putschiste ?

Ancien compagnon d’armes de Pierre Nkurunziza au sein de la rébellion hutu du Cndd-FDD, devenu le parti au pouvoir depuis la fin de la longue guerre civile (1993-2006), le général Niyombare est, dans son pays, une personnalité respectée pour sa droiture et est considéré comme un homme de dialogue.

Après la guerre, il était devenu chef d’état-major adjoint, puis chef d’état-major de l’armée burundaise. Nommé en décembre 2014 à la tête du Service national de renseignements (SNR), il avait été limogé moins de trois mois plus tard.

Pourquoi ces manifestations ?

La crise a débuté le 26 avril quand le Président, au pouvoir depuis 2005, a annoncé sa volonté de briguer un troisième mandat. Depuis, la police bloque les protestataires dans les quartiers périphériques de la capitale pour les empêcher de converger vers le centre de Bujumbura et s’y rassembler. Les manifestations ont été marquées par de nombreuses violences, qui ont fait une vingtaine de morts. La police a utilisé ce mercredi des gaz lacrymogènes et quelques tirs de sommation pour disperser environ 300 manifestants rassemblés au coeur de la capitale.

Que dit la Constitution ?

Question compliquée. Les adversaires de Pierre Nkurunziza, élu en 2005 et réélu en 2010, jugent un troisième mandat contraire à la Constitution et aux accords de réconciliation nationale d’Arusha, qui avaient ouvert la voie à la fin de la longue et récente guerre civile burundaise (1993-2006). Cet accord, sur lequel est basée la Constitution et qui a posé les bases des institutions burundaises actuelles en consacrant un système de partage du pouvoir entre hutu et tutsi, limite clairement à deux le nombre de mandats qu’un président peut exercer. Mais la Cour constitutionnelle a jugé le 5 mai qu’un nouveau mandat de Pierre Nkurunziza était conforme à la Constitution. Les élections présidentielles sont prévues en juin.

Pourquoi l’Occident et les Etats africains s’inquiètent ?

Après les pressions des pays occidentaux lundi, qui avaient demandé un report et annoncé des suspensions de l’aide électorale, les chefs d’Etat d’Afrique de l’Est devaient tenter mercredi lors d’un sommet extraordinaire à Dar es Salaam de trouver une solution à la crise. Cette impasse suscite l’inquiétude, dans un pays dont l’histoire récente est jalonnée de massacres ethniques et qui peine à se remettre d’une longue guerre civile (1993-2006) encore présente dans les esprits.