Corée du Nord: «Comme l’URSS de Staline, la Corée du Nord règle ses problèmes internes par des purges violentes»

INTERVIEW Le spécialiste de la Corée du Nord, Pierre Rigoulot, n’est pas surpris par l’exécution du ministre de la Défense coréen…

Propos recueillis par Audrey Chauvet

— 

Kim Jong-un
Kim Jong-un — CHINE NOUVELLE/SIPA

Après son oncle dévoré par des chiens, son ex- petite amie exécutée à cause d’une sextape, sa tante disparue et des membres du parti exécutés pour avoir regardé des émissions de télévision étrangères, le dictateur nord-coréen Kim Jong-un s’est maintenant débarrassé de son ministre de la Défense qui avait eu le malheur de s’assoupir lors d’un défilé militaire. Coutumier des exécutions spectaculaires, Kim Jong-un reproduit les techniques des purges staliniennes. Le directeur de la revue Histoire & Liberté et spécialiste de la Corée du Nord Pierre Rigoulot décrypte la stratégie nord-coréenne.

Pourquoi autant de cadres du parti et de membres de la famille de Kim Jong-un sont-ils assassinés?

Ces exécutions sont normales vu le régime et le système de la Corée du Nord, qui est bâtie sur le modèle de l’Union soviétique de Staline. On sait qu’à cette époque les méfiances  de la direction du parti à l’égard des cadres se réglaient par des purges. Le régime de Pyongyang fonctionne de la même manière. Le parti communiste de l’URSS comme celui de la Chine de Mao ont toujours réglé les problèmes internes par des purges violentes: on vous colle au mur et on vous exécute ou on vous envoie en prison ou dans un camp.

Cela signifie qu’il y a des tensions à la tête du parti en Corée du Nord?

Une quarantaine de personnes auraient été exécutées en 2014 au sommet de l’appareil, donc cela laisse présumer des luttes assez violentes et des manières toutes aussi violentes de régler ces problèmes. En ce moment, on a particulièrement l’impression d’une période un peu chaude à la direction du parti. Il y a de grandes chances que le pouvoir de Kim Jong-un soit contesté car il a été désigné très rapidement par son père, il a été insuffisamment formé, et ce garçon est trop jeune pour inspirer le respect à ses aînés.

Le ministre de la Défense aurait été tué au moyen d'un tir de missile anti-aérien, l’oncle de Kim Jong-un aurait été dévoré par des chiens… Pourquoi ces méthodes aussi spectaculaires?

On ne connaît pas toujours les véritables circonstances des exécutions, donc cela laisse évidemment la place libre à l’imagination. On a raconté que l’oncle avait été dévoré par des chiens, pour le ministre on parlé d’un lance-flammes et d’un canon anti-aérien… Quelle que soit la vérité,  ce que nous savons de la violence avec laquelle la direction de la Corée du Nord cherche à assoir son autorité rend plausible ce genre de choses.

N’y a-t-il pas une part d’imagination de la part des pays occidentaux qui pourraient en rajouter dans l’horreur?

On peut sans doute exagérer face à un régime totalitaire sur lequel on a très peu d’informations. Par exemple, les bombes atomiques font peur, mais personne ne sait combien la Corée du Nord en a vraiment. Ceci dit, on sait que ce régime a des camps de concentration, nous en avons la preuve grâce à des photos satellites, qu’il se vante de fonctionner avec un parti unique, qu’il n’autorise pas la propriété privée des moyens de production, qu’il affame les petits paysans. Une commission d’enquête des Nations unies a démontré l’absence complète de liberté, la réalité des camps, des prisons, des tortures, et a demandé que des représentants de la direction nord-coréenne comparaissent devant le Tribunal pénal international. On peut essayer de diaboliser le régime, mais il est difficile d’imaginer pire que la réalité.