Immigration: Comprendre la nouvelle politique de l’Europe

SOCIÉTÉ Face à une explosion de l'immigration clandestine et la multiplication des naufrages en Méditerranée, l'Europe tente de construire une politique migratoire plus équilibrée...

O. G. avec AFP
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Des migrants arrivés par bateau en Sicile, au sud de l'Italie le 9 mai 2015.
Des migrants arrivés par bateau en Sicile, au sud de l'Italie le 9 mai 2015. — Francesco Malavolta/AP/SIPA

Option militaire pour détruire les bateaux des passeurs, quotas selon les pays… L’Europe est en pleine redéfinition de sa politique migratoire pour faire face à un afflux massif de personnes. Et à des naufrages dramatiques qui se multiplient. Ce mercredi, Jean-Claude Juncker, président de la commission européenne, présente un plan d'action pour l'immigration et l'asile qui fait trembler certains pays européens.

«Les quotas vont dans le bon sens, les chiffres ne sont pas à la hauteur de la crise», retrouvez l'interview du chercheur Thibaut Jaulin

Un constat: l’afflux massif de migrants dans le sud de l’Europe

L’Europe fait face à une véritable explosion du nombre de migrants clandestins: selon le dernier rapport de Frontex, agence européenne de contrôle des frontières, ils auraient augmenté de +180% en 2014. Or, la principale porte d’entrée vers le continent n’est autre que la Méditerranée: sur les 283.000 migrants entrés illégalement en 2014 dans l'Union européenne, plus de 220.000 sont arrivés par cette mer. Une traversée périlleuse qui a coûté la vie à environ 1.800 personnes depuis le début de l'année.  

Détruire les bateaux des passeurs

Selon les derniers chiffres de Frontex, le nombre de passeurs aurait augmenté de 30% en 2014. A la faveur du chaos régnant en Libye, trafiquants, passeurs et miliciens se sont alliés pour faire passer leurs activités à un stade quasi industriel.

Le plan d'action présenté mercredi par la Commission européenne insiste sur la nécessité de combattre ces passeurs, de mieux en mieux organisés en détruisant leurs bateaux. Une mesure qui sera discutée par les ministres des Affaires étrangères lundi prochain. Mais surtout, l’Europe a besoin du feu vert de l’ONU avant de s’attaquer aux bateaux qui battent pavillon étranger. C’est pourquoi lundi, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a présenté devant le Conseil de sécurité de l'ONU un plan de l'Union européenne pour faire face à une série de naufrages dramatiques, y compris par une opération militaire controversée. Face aux réticences, elle a cherché à rassurer. «Pas un seul réfugié ou migrant intercepté en mer ne sera renvoyé contre son gré», a-t-elle affirmé.

Faciliter les sauvetages en mer.. et les renvois

Le rapport de la Commission européenne préconise par ailleurs de renforcer les moyens de surveillance et de sauvetage en Méditerranée afin d'éviter les naufrages. C'est la mission assignée aux opérations Triton en Italie et Poséidon en Grèce, dont le budget et les moyens vont être accrus. En contrepartie, elle insiste sur l'accélération des renvois des migrants non autorisés à rester dans l'UE.

La question polémique des quotas

C’est la partie la plus controversée du plan Juncker. Elle veut imposer la solidarité aux Etats et modifier la règle qui impose la prise en charge des demandeurs aux pays d'arrivée.

Car la gestion de cet afflux est fortement déséquilibrée. Sur les 360.000 demandes d'asile traitées en 2014, la moitié seulement ont été acceptées et six pays ont assumé l'essentiel de l'effort: Allemagne, Suède, France, Italie, Royaume-Uni et Pays-Bas. Mais comment mieux répartir ces personnes? Selon les informations du Figaro, Jean-Claude Juncker favoriserait une répartition qui prend en compte le PIB, le taux de chômage et le nombre de demandeurs d'asile déjà pris en charge dans chaque pays.

Si cette option était retenue, elle soulagerait les pays du sud, Italie, Malte et Grèce, favorables à cette solidarité. La France et l'Allemagne soutiennent le principe des quotas, sans toutefois se prononcer sur leur caractère obligatoire. Le Royaume Uni et la Hongrie ont en revanche montré une ferme opposition. Un vote à la majorité qualifiée peut permettre d'imposer les quotas, mais le recours à cette extrémité sera politiquement difficile.