A Cuba, la rencontre «historique» entre François Hollande et Fidel Castro

DIPLOMATIE François Hollande a été reçu par Fidel Castro à son domicile...

Philippe Berry

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François Hollande et Fidel Castro lors de leur rencontre à La Havane, le 11 mai 2015.
François Hollande et Fidel Castro lors de leur rencontre à La Havane, le 11 mai 2015. — SIPA

La rencontre avait été tenue secrète jusqu'au dernier moment. Lundi soir, François Hollande a été reçu par Fidel Castro à son domicile, pour ce que le chef de l'Etat français a qualifié de «moment d'histoire». Il a également rencontré Raul Castro et a pris un bain de foule à La Havane. Hollande est le Premier chef d'Etat occidental à se rendre à Cuba depuis l'annonce du dégel entre l'île et les Etats-Unis.

«J'avais devant moi un homme qui a fait l'histoire. Il y a forcément débat sur ce qui a pu être sa place, ses responsabilités, mais venant à Cuba je voulais rencontrer Fidel Castro», a-t-il expliqué, affirmant que le Leader Maximo, âgé de 88 ans, avait «beaucoup parlé».

L'embargo a «tant nui»

Venu à Cuba pour défendre les intérêts français et européens, Hollande a tenu à donner des gages de solidarité aux autorités cubaines. Dans la matinée, lors d'un discours à l'Université de La Havane, il a plaidé pour la levée de l'embargo économique américain, qui selon lui «a tant nui» au développement de l'île communiste depuis 1962.

Le dirigeant français, qui a souligné que son déplacement s'inscrivait «dans un contexte particulièrement important mais encore incertain», a aussi appelé La Havane à assouplir les «règles» pour faciliter les échanges et l'implantation d'entreprises françaises dans l'île.

Tournée dans les Caraïbes de cinq jours

En tournée pendant cinq jours dans les Caraïbes, le président français s'est entretenu dans la soirée avec son homologue Raul Castro, qui a succédé à son frère Fidel en 2006. Avec cette visite, au cours de laquelle aucune rencontre avec des dissidents n'est programmée, il réalise un «coup» diplomatique en devançant les autres chefs d'Etat occidentaux séduits par les perspectives d'ouverture à Cuba.

François Hollande et Raul Castro. (WITT/SIPA)

Paris entend ainsi capitaliser sur des liens resserrés il y a un peu plus d'un an par une visite sur l'île de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Depuis, la France s'est positionnée en première ligne dans le rapprochement entre l'UE et la Havane, que les deux parties souhaitent concrétiser d'ici à la fin de l'année.

Les droits de l'homme «nécessairement évoqués»

Au sujet des droits de l'homme, thème sur lequel le régime cubain est critiqué, M. Hollande a indiqué qu'ils seraient «nécessairement évoqués». Son premier geste lundi matin a d'ailleurs été de remettre la légion d'honneur au cardinal Jaime Ortega, qui a notamment joué un rôle de médiation pour favoriser la libération de prisonniers politiques en 2010.

A la mi-journée, François Hollande a inauguré le Palais Gomez, nouveau site de l'Alliance française à La Havane, où sont inscrits plus de 10.000 élèves. Dans la foulée, il a improvisé une promenade sur le Prado (ou Paseo de Marti), une des avenues les plus anciennes de La Havane. Malgré la forte chaleur, de nombreux Cubains ont accouru pour le saluer et prendre des photos sous l'oeil vigilant mais bienveillant d'un double cordon de sécurité cubain et français.