Pro et anti chasse à la baleine se réunissent en Alaska

Sa. C.

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Les partisans de la reprise de la chasse commerciale à la baleine ont remporté une première victoire dimanche à la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI) à Frigate Bay en adoptant une résolution jugeant que le moratoire de 20 ans sur la chasse commerciale n'était "plus nécessaire dorénavant".
Les partisans de la reprise de la chasse commerciale à la baleine ont remporté une première victoire dimanche à la réunion annuelle de la Commission baleinière internationale (CBI) à Frigate Bay en adoptant une résolution jugeant que le moratoire de 20 ans sur la chasse commerciale n'était "plus nécessaire dorénavant". — Marcel Mochet AFP/Archives

Pressions et tractations sont au programme de la réunion de la Commission baleinière internationale (CBI) qui se tient du 28 au 31 mai à Anchorage (Alaska). En jeu : le renouvellement des quotas de la chasse aborigène et la réforme des instances de la CBI, qui compte actuellement 75 membres. L’occasion pour le Japon de tenter de revenir sur le moratoire interdisant la chasse commerciale, en place depuis vingt ans.

Le flou de la chasse scientifique

«Le Japon est la locomotive des pro chasse, assure Stéphane Louhaur, chef de le délégation française. Nous savons qu’il exerce un lobby sur tous les pays adhérents pour lever le moratoire de 1986, notamment sur les pays sensibles à l’argument financier. Cette année, son but est de faire reconnaître la chasse côtière, dans les eaux territoriales des pays, pour qu’il puisse augmenter sa production.»

Le Japon compte obtenir l'autorisation de chasser 50 baleines à bosse, très protégées, à des fins «scientifiques» dans un sanctuaire de l'océan antarctique. «Nous n’avons pas les moyens de vérifier que la chasse scientifique ne finisse pas en chasse commerciale, balaie Stéphane Louhaur. De plus, les scientifiques nous disent qu’il n’est pas nécessaire de tuer des baleines pour les recherches. La requête du Japon n’est pas fondée.» Selon lui, le Japon tue environ 2000 cétacés par an sous un prétexte scientifique. Par comparaison, la Norvège et l'Islande, également favorables à la chasse commerciale, comptent respectivement 600 et 30 prises de cétacés annuelles.

«Un protocole comme Kyoto»

Si la question du moratoire ne sera pas directement abordée, elle n’en sera pas moins présente dans tous les débats. Ainsi, la lutte d’influence entre pro et anti chasse, qui se concentrera sur la possibilité de modifier certaines règles de la CBI, sera une bonne indication de la tendance au sein de la commission.
«Cela peut affaiblir considérablement le ton de la CBI» en faveur de la protection des baleines, estime Kate Nattrass, porte parole de International Fund for Animal Welfare (IFAW), organisation privée américaine pour la protection animale.
Par exemple, alors qu’une majorité des trois-quarts est nécessaire pour lever le moratoire sur la chasse commerciale de la baleine, une modification du vote, le rendant valide à une majorité simple, pourrait être une victoire pour le clan des pro chasse.

La précédente réunion de la CBI, l’an dernier à Frigate Bay (Saint-Kitts-et-Nevis), avait vu une victoire des pro chasse. Tokyo était parvenu à obtenir une majorité simple (33 votes contre 32) en faveur d'une résolution symbolique jugeant «non nécessaire désormais» le moratoire sur la chasse à la baleine.
Il avait réussi à convaincre plusieurs petits pays de le soutenir, leur promettant aides et autres formes d'assistance, selon les organisations de protection des cétacés et Stéphane Louhaur.
Le chef de la délégation française espère que la CBI, dont les pouvoirs de contrôles et de sanctions sont nuls, se modernisera bientôt. «Nous souhaiterions créer un protocole, à la manière de Kyoto,» explique-t-il.