Elections en grande-Bretagne: Ed Miliband poussé vers la sortie après une cuisante défaite

POLITIQUE S on parti devrait se contenter de quelque 230 sièges, loin derrière les conservateurs crédités de la majorité absolue de 326 sièges...

B.D. avec AFP
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Le leader du parti travailliste britannique, Ed Miliband, dans son fief de Doncaster dans le nord de l'Angleterre, le 8 mai 2015.
Le leader du parti travailliste britannique, Ed Miliband, dans son fief de Doncaster dans le nord de l'Angleterre, le 8 mai 2015. — AFP PHOTO / OLI SCARFF

La lourde défaite des travaillistes aux législatives britanniques est aussi un échec personnel pour son dirigeant Ed Miliband, que certains au sein du Labour poussaient déjà vers la sortie ce vendredi matin.

Bien que confortablement réélu dans sa circonscription de Doncaster, dans le nord de l'Angleterre, Ed Miliband, 45 ans, a senti le vent du boulet alors que son parti devrait se contenter de quelque 230 sièges, loin derrière les conservateurs crédités de la majorité absolue de 326 sièges. «Cela a été clairement une nuit très décevante et difficile pour le Labour», a-t-il dit ce vendredi matin, se déclarant «profondément désolé».

Appels à la démission non déguisées

Le choc est d'autant plus violent que les instituts de sondages avaient prédit jusqu'au bout des résultats très serrés et que jusque tard jeudi, les travaillistes ont cru à leur chance de pouvoir revenir aux commandes du Royaume-Uni après cinq ans de gouvernement conservateur.

Après tout, Ed Miliband, réputé pour sa maladresse et violemment décrié dans les médias, avait réussi à éviter de gaffer et s'était même taillé un costume de premier ministrable aux yeux de l'opinion, selon les enquêtes. Même s'il partait de loin. La déception n'en a été que plus forte, provoquant immédiatement des appels à la démission non déguisées. L'ancien ministre des Sport Gerry Sutcliffe a ainsi estimé que «le moment est venu (pour Miliband) de passer le relais».

Jack Straw, ancien ministre travailliste de l'intérieur, a aussi jugé que Miliband devait réfléchir à son avenir tandis que le quotidien The Guardian, qui lui avait apporté son soutien, jugeait qu'il était très probable qu'il démissionne. Toutefois, «il y a un débat en interne sur l'opportunité qu'il reste jusqu'à ce qu'un nouveau leader soit désigné», ajoute le journal de gauche.

« Humilié par une défaite cuisante »

Son autre rare soutien au sein de la presse britannique, le tabloïd Daily Mirror, ne lui laissait le choix qu'entre deux possibilités: «Démissionner dans la journée ou demain». Il ne voyait pas d'autre alternative pour celui qui a été «humilié par une défaite cuisante». Déjà les noms circulent sur qui pourrait lui succéder: la ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme Yvette Cooper, celui de la Santé Andy Burnham, celui de la Justice Dan Jarvis ou du Commerce Chuka Umunna.

Le premier à critiquer ouvertement Ed Miliband a été le député John Mann qui a laissé entendre, dans un tweet, qu'il n'avait pas écouté sa base. «Ce n'est pas faute d'avoir lancé des mises en garde», a-t-il ajouté. Déjà en novembre, des rumeurs de complot pour le déloger de son poste avaient couru face à son échec à décoller dans les sondages de personnalités.

Can't say that Labour leadership weren't warned repeatedly-those who even bothered to meet that is. Never hurts to listen.
— John Mann (@JohnMannMP) May 8, 2015

Mais «Ed le rouge», surnom que lui a été accolé parce qu'il a été élu en 2010 à la tête du Labour avec le soutien des syndicats et pour sa volonté de rompre avec la tendance trop libérale à ses yeux du New Labour de Tony Blair, avait ramené le calme dans les rangs. Cette fois, cela semble plus difficile même si «c'est toujours possible car le Labour contrairement aux Tories n'aime pas se débarrasser de manière impitoyable de ses dirigeants», note Tony Travers, directeur de recherche à London School of Economics (LSE).

Pour l'ex-ministre travailliste David Blunkett, le parti a échoué car il n'est pas parvenu de faire taire les critiques contre les dépenses jugées excessives du gouvernement de Gordon Brown, qui ont laissé le pays sur la paille en 2010. La montée des nationalistes écossais du SNP et la menace qu'Ed Miliband ne s'allient avec eux agitée par les conservateurs, a pu aussi faire basculer les votes en faveur du parti de David Cameron.