Boko Haram: Au moins 25.000 personnes évacuées dans des conditions «dramatiques» au Niger

NIGER Les conditions de cette évacuation, décidée par crainte d'attaques de Boko Haram, sont vivement critiquées...

M.C.

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Des enfants évacués des îles nigériennes du lac Tchad sur une photo prise par le Programme alimentaire mondial, le 5 mai 2015.
Des enfants évacués des îles nigériennes du lac Tchad sur une photo prise par le Programme alimentaire mondial, le 5 mai 2015. — AFP PHOTO / WORLD FOOD PROGRAMME

Evacués par crainte de nouvelles attaques de Boko Haram, au moins 25.000 habitants des îles nigériennes du lac Tchad vivent dans des conditions «dramatiques» dans plusieurs sites du sud-est du Niger, selon des sources onusiennes.

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Ces réfugiés ont «fui leurs foyers sur de petites îles du lac Tchad», indique le site internet du Bureau des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha) à Niamey. Les habitants des îles nigériennes du lac Tchad avaient été appelés à évacuer d'ici lundi ces sites vulnérables «pour des impératifs de sécurité».

«Chassés comme des animaux»

Mais les conditions de cette évacuation sont vivement critiquées. Moussa Tchangari, le responsable d'une ONG nigérienne, parle ainsi d'une «expulsion»: «Rien n'était organisé. Le gouvernement a formulé une menace, disant que tout ceux qui ne quitteraient pas les îles avant lundi soir seraient considérés comme des membres ou des sympathisants de Boko Haram», déclare-t-il au média allemand Deutsche Welle.

«J'ai compté plus de 50 personnes qui sont mortes sur le chemin de Lalewa, quand les soldats nigériens nous ont chassés comme des animaux», témoigne lui Ibrahim, 45 ans. La télévision publique, qui accompagnait le chef du gouvernement, a montré mardi soir des personnes, en majorité des femmes et des enfants, couverts de poussière, le regard perdu et l'air abattu.

«Moindre mal»

«Ces gens sont là sur un espace nu. Il n'y a pas de tente, pas d'abri, un soleil de plomb et des tempêtes de sable. On a vu des femmes et des enfants sans eau. La situation est dramatique», a expliqué à l'AFP une source onusienne, qui s'est rendue sur place.

Face à la menace de Boko Haram, «c'est le moindre mal que de se déplacer vers la terre ferme», a affirmé le Premier ministre Brigi Rafini, qui a promis «une assistance alimentaire et des médicaments» aux déplacés. Le 25 avril, un assaut de Boko Haram contre une position militaire nigérienne sur une île du lac Tchad a fait au moins 74 morts, dont 28 civils, et 32 disparus. Ces pertes sont les plus lourdes subies par le Niger en trois mois de guerre.