Elections en Grande-Bretagne: Deux prétendants et une multitude de faiseurs de roi

POLITIQUE La victoire de Cameron ou Miliband pourrait se jouer du côté des très petits partis...

Nicolas Beunaiche

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Le débat des chefs de parti avant les législatives en Grande-Bretagne, le 2 avril 2015, à Manchester.
Le débat des chefs de parti avant les législatives en Grande-Bretagne, le 2 avril 2015, à Manchester. — Ken McKay/ITV/REX/REX/SIPA

La Grande-Bretagne dit 33. Selon l’un des derniers sondages, publié par The Sun, avant les législatives de jeudi, conservateurs et travaillistes seraient au coude à coude, avec 33% des voix. Autrement dit, ni David Cameron ni Ed Miliband ne seraient en position d’obtenir la majorité absolue, donnant par conséquent aux petits partis un rôle de faiseurs de roi, ou en tout cas de Premier ministre. Zoom sur ces forces politiques qui pourraient bien détenir la clé de la victoire.

Les indépendantistes écossais à gauche…

C’est la surprise du scrutin. Sur la lancée de sa campagne en faveur de l’indépendance de l’Ecosse, le Scottish National Party (SNP) devrait rafler une cinquantaine de sièges sur les 59 en jeu là où il présente des candidats. Une enquête Ipsos Mori pour la Scottish Television évoque même un sans-faute, ce qui serait un tremblement de terre sur cette terre travailliste où le SNP n’avait obtenu que six sièges lors du précédent scrutin, en 2010.
→ Logiquement, le SNP devrait ensuite soutenir Ed Miliband. «Les deux partis sont pour l’instant en concurrence frontale, mais le SNP ne peut de toute façon pas basculer du côté des conservateurs», explique Gilles Leydier, professeur à l’université de Toulon. Reste que «l’appui du SNP au Labour ne sera probablement pas suffisant numériquement», relativise-t-il.

…Les populistes europhobes à droite…

Le parti Ukip de Nigel Farage se positionne, lui, comme la troisième force politique du pays, avec environ 14% des intentions de vote, loin devant le SNP (4% environ). Et pourtant, il devrait se contenter de quatre sièges au maximum «en raison du système électoral qui le désavantage», nuance Gilles Leydier.
→ L’hypothèse hautement probable verrait Ukip soutenir une coalition dirigée par David Cameron. Mais avec si peu de sièges, son intérêt aux yeux des Tories serait forcément limité. «La pertinence de cette alliance dépendra du score des conservateurs, analyse Philippe Chassaigne, professeur à Bordeaux 3. Si les sondages se trompent, comme en 1992 au moment de l'élection de John Major, et que les Tories sont proches de la majorité absolue...»

…Les libéraux-démocrates au centre… 

Les Lib-Dems de Nick Clegg sont mal en point. D’après les sondages, ils pourraient perdre la moitié de leurs 57 sièges, dans le meilleur des cas. Leur leader lui-même, numéro 2 du gouvernement sortant, pourrait perdre sa circonscription.
→ Malgré tout, les libéraux-démocrates seraient un allié précieux pour l’un ou l’autre des deux camps. Nick Clegg s’est dit prêt à faire alliance avec le parti remportant le plus de sièges au Parlement, quel qu’il soit. «Une coalition avec les conservateurs paraît toutefois difficile à envisager, étant donné que David Cameron a promis la tenue d’un référendum sur la sortie britannique de l’Union européenne», souligne Gilles Leydier, qui rappelle que les Lib-Dems sont europhiles. Un rapprochement avec les travaillistes marquerait le retour du pacte «lib-lab», qui a prévalu au début du XXe siècle puis à la fin des années 1970, rappelle Philippe Chassaigne.

…et des petits partis épars

Avec l’éparpillement des voix des électeurs, l’identité du vainqueur final pourrait finalement se décider du côté des petits partis. Si les Verts ne devraient avoir qu’un député à offrir, les Gallois du Plaid Cymru peuvent, eux, viser tout de même trois ou quatre sièges. En Irlande du Nord, les unionistes nord-irlandais du DUP en espèrent neuf, tandis que le Sinn Féin a l’objectif de conserver ses cinq postes acquis en 2010, malgré son refus de siéger à Westminster.
→ Parmi eux, David Cameron pourra compter sur le DUP uniquement. «Les enjeux sont différents en Irlande du Nord, où le clivage communautaire est le plus fort. Mais en cas de coalition, le DUP se rapprocherait des conservateurs, tandis que la communauté catholique est plutôt de gauche, analyse Gilles Leydier.» A défaut d’avoir son soutien, Ed Miliband peut au moins espérer qu’elle bloque Cameron. Lui pourrait alors s’allier avec les Verts et les Gallois, en plus du SNP, dans une grande coalition anti-Tory. En tout cas en théorie.