Violences policières en Israël: Qui sont les Falashas d'Ethiopie?

DECRYPTAGE De violents affrontements entre les forces de l'ordre et des juifs éthiopiens ont eu lieu en Israël...

Victor Point

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Des Israéliens d'origine éthiopienne manifestent contre le racisme et les violences policières à l'égard de leur communauté à Tel Aviv, le dimanche 3 mai.
Des Israéliens d'origine éthiopienne manifestent contre le racisme et les violences policières à l'égard de leur communauté à Tel Aviv, le dimanche 3 mai. — Oded Balilty/AP/SIPA

C’est l’histoire d’une intégration en panne, sur fond de racisme. Dimanche soir, des milliers d’Israéliens d’origine éthiopienne ont manifesté à Tel-Aviv pour dénoncer les violences policières et la discrimination dont est victime cette communauté. Ce rassemblement est intervenu trois jours après un autre du même genre à Jérusalem.

L’une comme l’autre, ces manifestations ont dégénéré. A Tel Aviv, une soixantaine de policiers et de manifestants ont été blessés. La raison principale: une vidéo récente montrant deux policiers frapper un soldat d'origine éthiopienne, à Holon, près de Tel Aviv.

«Nous devons être unis contre le phénomène du racisme, le dénoncer, et l'éradiquer», a réagi Benjamin Netanyahou, le Premier ministre, ce lundi après-midi. «Les manifestants de Jérusalem et de Tel-Aviv ont révélé une plaie ouverte et vive au coeur de la société israélienne», a reconnu le président israélien, Reuven Rivlin.

Retour sur les origines de cette «plaie ouverte».

Plusieurs siècles avant d'être considérés comme juifs

Les raisons de la présence d’une importante communauté juive en Ethiopie ne sont pas encore complètement connues. Des théories la font descendre d’Israélites de l’époque du roi Salomon (Xe siècle avant J.-C.), de la tribu perdue de Dan ou d’une garnison militaire juive d’Egypte. Ces juifs d’Ethiopie se désignent sous le nom de Beta Israël (littéralement «maison d'Israël»).

Des explorateurs et des jésuites évoquent dès le XIVe siècle l’existence des Falashas d'Ethiopie (un terme considéré comme péjoratif par les intéressés, puisqu’il signifie «exilés» en amharique). Très isolés, ils n’apprennent leur appartenance à la judéité qu'au XIXe siècle.

La création de l'Etat d'Israël, en 1948, permet d’établir une connexion avec les Falashas. Mais les autorités israéliennes ne sont pas prêtes à leur reconnaître leur droit de bénéficier de la Loi du retour. La chute de Hailé Sélassié en 1974 va accélérer ce processus. En 1975, le rabbinat d'Israël reconnaît leur judéité.

Une arrivée en Israël très mouvementée

L'émigration est d'abord timide. Mais l’instabilité politique du pays et, surtout, la grande famine de 1984-1985 contraignent les Falashas à l’exil. D’abord dans des camps de réfugiés au Soudan, où ils restent parfois des années. Puis, pour les plus chanceux, en Israël. Entre novembre 1984 et janvier 1985, les autorités organisent un premier pont aérien. Surnommé opération Moïse, il permet l’évacuation de 7.700 Falashas.

Une autre émigration, légale, commence à partir de 1989 depuis Addis-Abeba et provoque un appel d’air. En 1990, près de vingt mille Falashas campent autour de l'ambassade d'Israël. Au printemps 1991, le gouvernement israélien profite d’une nouvelle instabilité politique pour mettre en place un autre pont aérien, l’opération Salomon. En quarante-huit heures, 14 200 personnes partent pour Tel Aviv.

L’émigration va continuer de manière sporadique. Elle se termine officiellement en août 2013. En tout, ce sont 80.000 Ethiopiens qui ont tout quitté pour recommencer leur vie dans un pays étranger par bien des aspects.

Des citoyens de seconde zone?

Aujourd’hui, la communauté juive éthiopienne regroupe 135.500 personnes, dont plus de 50.000 sont nées en Israël. Selon l'Association israélienne pour les juifs éthiopiens, leur revenu moyen par personne est inférieur de 40% à la moyenne. Plus d'un tiers des familles (38,5%) vivent sous le seuil de pauvreté contre 14,3% dans l'ensemble de la population juive.

Ces chiffres sont éloquents, et expliquent en partie l’exaspération de la communauté communauté juive éthiopienne, qui se sent discriminée, victime de racisme, exclue du processus d’intégration. A cet égard, l’incident du soldat battu à Holon a agi comme un révélateur, l’armée israélienne s’étant toujours présentée comme un creuset efficace de cette intégration.