Procès Gilles Le Guen: Qui est vraiment le djihadiste nantais actuellement jugé à Paris?

TERRORISME Accusé d'association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, Gilles Le Guen est jugé depuis ce lundi 4 avril devant le tribunal correctionnel de Paris. Mais qui est ce Nantais de soixante-ans qui signa un temps ses courriers «Oussama Ben Le Guen»?...

Coline Clavaud-Mégevand

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Dans une vidéo postée le 9 octobre 2012 sur le site de l'agence Mauritanian Sahara Media Agency, le djihadiste Gilles Le Guen menace l'Occident et Israël.
Dans une vidéo postée le 9 octobre 2012 sur le site de l'agence Mauritanian Sahara Media Agency, le djihadiste Gilles Le Guen menace l'Occident et Israël. — SAHARA MEDIA / AFP
Pour ses proches, Gilles Le Guen est un garçon «gentil», un idéaliste révolté par les excès de la société de consommation. Pour ses anciens voisins, un hurluberlu qui, de retour du Maghreb, se baladait pieds nus, coiffé d’un turban. Pour le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian, son histoire serait surtout celle d’«un paumé qui devient terroriste». Capturé en avril 2013 au Mali par les forces françaises, son parcours est celui d'un homme en rupture avec la société occidentale, tombé dans un radicalisme aux contours encore flous.


Portrait d'un baroudeur 

Né le 21 février 1955 à Nantes, Gilles Le Guen est le dernier d’une fratrie de trois garçons. Elève moyen, il n’aura pas son bac mais parvient, après son service militaire, à entrer en 1973 à l’école de marine marchande de Marseille. Il suit alors les traces de son père, chef mécanicien dans la marine marchande, et rencontre sa première femme, dont il a un fils. Il finit par divorcer et perd également l’un de ses frères, dont il était très proche. Vient ensuite une longue période de voyages: Le Guen travaille pour différentes compagnies maritimes et découvre lors de ses escales le Maghreb et la cause touareg, pour lesquels il se passionne, ainsi que l’Islam. Au milieu des années 80, il se convertit et part en pèlerinage à la Mecque. Quand il revient en France, il est selon ses proches transformé.

De l'idéalisme à la radicalisation

Gilles Le Guen ne tarde pas à repartir et s’installe en Mauritanie. Ses courriers à sa famille racontent l’étude assidue du Coran, son épanouissement dans des conditions de vies simples, la rupture d'avec sa vie d’avant. Il signe de son nouveau nom: Abdallah El Houcine. Suit un séjour rapide au Mali, un retour en France et une nouvelle histoire d’amour avec son ancienne belle-sœur. Le couple s’installe en Provence, coupé du monde. Il donne des cours de yoga, cultive ses légumes. Les villageois qui croisent Le Guen vêtu de sa djellaba, en turban et sans chaussure le surnomment «le Touareg». Lui et sa compagne ont deux enfants mais lorsque celui-ci décide de s’installer au Maroc, elle refuse de le suivre. Gilles Le Guen part seul. Lorsqu’il revient en France quelques temps plus tard, il est accompagné de Nawal, une jeune marocaine très religieuse qui devient sa femme. Le séjour en France ne dure pas, c’est le retour au Maroc, d’où il envoie des lettres signées «Oussama Ben Le Guen», puis «Abd El Jalile», le nom qu’il utilisera plus tard dans une vidéo où il parle au nom d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi). En 2011, lui et Nawal partent pour le Mali avec leurs quatre enfants.

Des liens flous avec Aqmi

Comment Gilles Le Guen a-t-il précisément intégré le mouvement djihadiste? À quel degré a-t-il été impliqué au sein de l’organisation? En 2012, on sait qu’il a été fait prisonnier par les responsables d'Aqmi à Tombouctou, certains voyant en lui un espion. Il aurait aussi eu des divergences avec des membres du mouvement, trouvant leur comportement trop radical avec les femmes. Au moment de sa capture par l’armée française, le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian affirme qu’il « avait combattu manifestement […] dans les groupes jihadistes ». Quelques mois plus tôt, il se revendiquait en effet comme porte-parole d’Al-Qaïda au Maghreb islamique dans une vidéo où il mettait en garde «les présidents français, américain» et l'ONU contre une intervention militaire au Mali. Vêtu d'un turban noir, un fusil-mitrailleur posé à côté près de lui, il y parlait en français avec, selon l’AFP, un fort accent breton. Le procès qui a commencé aujourd'hui permettra peut-être de comprendre plus précisément ses motivations.