Pourquoi les relations entre la France et les monarchies du Golfe sont-elles au beau fixe?

INTERNATIONAL Pour les experts, la France bénéficie notamment d'un contexte de défiance vis-à-vis des États-Unis...

L.C.

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François Hollande avec l'émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, à Doha, le 4 mai 2015.
François Hollande avec l'émir du Qatar, le cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, à Doha, le 4 mai 2015. — Christophe Ena/AP/SIPA

Les relations entre la France et les monarchies et émirats du Golfe persique - Arabie Saoudite, Qatar, Koweït, Émirats arabes unis, Oman, Bahreïn - sont au beau fixe. Le président François Hollande est arrivé lundi à Doha, au Qatar, pour assister à la signature du contrat Rafale. Une vente qui consacre la stratégie diplomatique et commerciale du gouvernement, qui bénéficie également du  contexte géopolitique.

Vente de 24 Rafale: Le contrat avec le Qatar a été officiellement signé

Une alternative aux Etats-Unis?

La France récupère les fruits de sa politique extérieure ferme au Moyen-Orient, ainsi que les conséquences des hésitations des Etats-Unis. «La France bénéficie d’une conjonction particulière», observe Bruno Tertrais, maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). «D’une part, les tergiversations de l’administration Obama en Syrie et le lâchage du dirigeant égyptien Hosni Mubarak en 2011 ont provoqué une défiance chez les monarchies du Golfe. D’autre part, l’attitude de la France, son rôle dans l’intervention en Libye en 2011 et son insistance à punir le régime de Bachar al-Assad, inspirent la confiance».

«Les monarchies du Golfe se tournent vers un autre allié», abonde Philippe Moreau Defarges. La France entretient des relations avec les pays du Golfe depuis De Gaulle, souligne le chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri)*. «Depuis la guerre du Golfe, la France est une alternative aux Etats-Unis, notamment en matière d’armement», renchérit Bruno Tertrais. La stratégie de François Hollande se situe donc dans la continuité.

Des motivations pragmatiques

Pas question toutefois de prendre la place des Etats-Unis dans la région. La France n’en a pas les moyens militaires, économiques et politiques, pour les deux experts. Il s’agit plutôt d’un «rééquilibrage des forces» selon Bruno Tertrais.

Pour Philippe Moreau Defarges, le rapprochement entre la France et les monarchies du Golfe est principalement motivé par des raisons pragmatiques. «Les monarchies du Golfe souhaitent s’approvisionner en armement, un besoin accru par l’instabilité stratégique de la région, tandis que la France ne peut se permettre de faire la fine bouche en matière de clientèle, tant elle a besoin d’exporter ses produits», souligne le chercheur.

Un tournant stratégique?

Au-delà de ces contrats commerciaux, Philippe Moreau Defarges s’interroge sur la participation du président français au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG). «Cela pourrait être interprété comme un engagement auprès des monarchies sunnites du Golfe, aux dépens notamment de l’Iran chiite, mais aussi de la Turquie ou de l’Egypte. Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier», met en garde le chercheur.

Bruno Tertrais minimise ce risque. «La France réussit à maintenir des liens forts avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, deux pays pourtant rivaux, ce qui montre qu’elle n’a pas vocation à prendre parti dans les querelles internes des pays du Golfe.»

En outre, la conjoncture diplomatique peut évoluer, relève Bruno Tertrais. Barack Obama va recevoir les dirigeants du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à la mi-mai à la Maison Blanche et à Camp David pour tenter de les rassurer sur l'accord-cadre conclu début avril avec l'Iran sur son programme nucléaire et renforcer les liens de sécurité. «Il ne s’agit donc pas d’un tournant», selon le chercheur. D'autant plus que Washington a annoncé lundi que le chef de la diplomatie américaine John Kerry se rendra à Riyad en fin de semaine. 

 

*et auteur de L’Histoire du monde pour les nuls (éditions First)